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De l’utilisation de l’information à des fins d’acceptabilité des changements. L’exemple du secteur de l’énergie

Viviane Du Castel

-- Cas intitulé : L'information de l'opinion publique dans le secteur énergétique --

Pour le domaine qui nous intéresse – le secteur énergétique, la géoéconomie et l’intelligence stratégique permettent de savoir, de prévoir mais aussi et surtout d’anticiper, en tenant compte des risques économiques, politiques et humains mais aussi des interdépendances entre les nouveaux risques. Dans toute appréciation des risques encourus, il est nécessaire d’être capable d’appréhender les grilles d’analyse et les dynamiques des stratégies économiques et financières internationales, liées aux enjeux et aux défis du XXIe siècle. Ceci permet de comprendre que la nouvelle donne géoénergétique a des implications directes et indirectes sur les réseaux transnationaux, influençant la gouvernance en construction et que les dynamiques économique et financière internationales s’inscrivent dans une alternance de crises majeures et d’essor des nouveaux marchés. L’on comprend de plus que la mondialisation devient acteur, grâce à la déréglementation et à la désintermédiation financière, sur les marchés énergétiques et parmi les flux financiers donnés par les nouvelles technologies toujours plus innovantes (Cahen, 2010). Il convient alors de questionner la possibilité de l’existence des débats démocratiques, sous la coupe de forces majeures à l’œuvre à l’échelle globale.

 

3.1. Un débat démocratique ?

Le débriefing en direction des communautés est capital dans la mesure où il favorise la capacité de détention et de prise en compte des signaux faibles, tout en conservant un esprit critique, voire contradictoire, d’une part, et, d’autre part, de faire preuve de transparence en vue de l’obtention de l’acceptabilité sociale. En effet, comme il n’y a pas de situation à risque zéro, il convient de l’anticiper et de communiquer à son sujet, en vue d’une nécessaire prise de conscience collective que les risques sont toujours présents, à tout instant. Cette conscientisation doit être assimilée, intégrée, d’où la possibilité d’agir en conséquence, de ne pas se laisser dépasser par les risques, d’aller de l’avant (Vietor, 2007), tout en ayant mobilisé toutes les parties prenantes.

La collecte de l’information destinée à alimenter le débat est possible par l’intermédiaire d’un faisceau de méthodes : observations directes (réunions publiques, enquêtes publiques), entretiens individuels (téléphone, enquête terrain), groupe de discussion en petit comité (15-20 maximum) avec un animateur pour une discussion structurée et encadrée, analyse du discours (programme de veille, analyses), sondage par questionnaire (instrument de communication, enquête marketing, simulation de l’informatique). Dès lors, le discours d’acceptabilité pourra répondre à des attentes spécifiques afin de favoriser la confiance, les compétences, l’équité…L’information peut être puisée dans les enquêtes de l’UE (Eurobaromètre, AIEA) et elle doit être soutenue par une adaptation des stratégies de communication qui divergent selon les conditions de chaque pays, puisque les problématiques énergétiques ne sont pas partout prioritaires dans la même mesure ou face aux grands problèmes de société (chômage, inflation, criminalité, terrorisme…). Il faut aussi se rappeler que les opinions publiques divergent sur une réflexion en profondeur au sujet de la question énergétique, en raison, entre autres, d’un manque d’information ou de mauvaise information, ce qui entraine des changements d’avis ou de preuves du contraire : « corrélation entre les niveaux des contenances et l’acceptation de l’énergie nucléaire ». De plus, les opinions publiques n’ont plus confiance dans les médias traditionnels ni dans les pouvoirs publics, mais prennent plutôt en considération les avis des scientifiques ou des autorités de sûreté (Ex. : Autorité de sûreté nucléaire-ASN). Il est donc nécessaire de donner la bonne information au bon interlocuteur : il existe de « fortes corrélations entre le niveau de confiance du public dans la législation nucléaire, les autorités de sûreté nucléaire et les exploitants de centrales nucléaires. Le niveau de confiance est plus élevé dans le pays qui possède déjà des centrales nucléaires ». Dans cette optique les mesures pour accroître la confiance sont : les campagnes d’information des pouvoirs publics et industries nucléaires, l’amélioration de l’ouverture des transports, la participation plus active des parties prenantes à la prise de décision (ex. : forum sur la confiance des parties prenantes de l’AEN) (Kovacs et Gordelier, 2009).

3.2. Participation des populations, facteur de réussite ?

Si les outils de pilotage d’aide à la décision sont indispensables pour limiter les surprises et accroître les certitudes, limiter les résistances aux changements, optimiser l’utilisation des ressources, simplifier et accélérer les prises de décision, éviter les dépenses inutiles, mieux gérer la maintenance, il ne faut pas oublier l’importance de la transparence, de la gouvernance, de l’éthique et du principe de précaution, comme compléments qui favorisent la résilience stratégique et la capacité de rebond, en plus d’aider à gagner la confiance des autres parties prenantes. Ces leviers devraient eux aussi être au cœur des préoccupations stratégiques des entreprises du secteur énergétique, pour lesquelles le fait de décider, signifie agir en anticipant les situations et les évolutions, en prévenant les risques et en demeurant responsables (Ratcliffe, 2010), tout en favorisant la participation de tous les acteurs concernés.

La participation des opinions publiques est nécessaire pour évaluer la compétence des professionnels et les capacités de gestion et la maîtrise du risque (Vergerette, 2006). La convention d’Arrhus (2004) rend obligatoire l’accès à l’information et la participation (« lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence ») du public en matière d’environnement. Dès lors, le public doit être prévenu très en amont, le projet doit être réversible (plusieurs possibilités), le public doit avoir des délais suffisants par rapport à la procédure et doit pouvoir le consulter gratuitement. L’accès à toute l’information doit être possible sans avoir à se justifier. La concertation est indispensable pour favoriser l’appropriation des changements par les opinions publiques, surtout lorsque celles-ci sont associées à des politiques de transparence, d’éducation des populations pour faire comprendre les enjeux énergétiques. À titre illustratif, il convient de citer la loi Barnier, en France (2 février 1995) (Percebois, 2012).

3.3  Vers une acceptation de l’impossible « zéro risque »?

L’acceptabilité est une problématique importante, car elle dépend des répercussions du déploiement des énergies face au prix fixé au consommateur, mais aussi face à l’intérêt général et face aux changements. Il est désormais nécessaire d’avoir la meilleure information des enjeux et des interactions entre les énergies (ex. : informations par rapport aux coûts, aux impacts, aux filières, aux différentes technologies…). Il est également nécessaire de prévoir une concertation (incitation économique, structure de financement plus participatif, organisation de débats publics face à l’avenir, politique énergétique). Des problèmes induits peuvent apparaître (ex. : manque de communication, résistance aux changements, etc.) sont dus à la nécessaire vulgarisation d’un sujet aussi technique et complexe, vu que les points du débat portent sur les choix technologiques, le coût, la politique industrielle, l’emploi, la fiscalité, ainsi que sur les systèmes énergétiques, les technologies, les réseaux de transport, de distribution, les infrastructures, la politique énergétique, les risques, le gaz de schiste, le principe de précaution, les énergies renouvelables, le prix, etc. (Percebois, 2012). Et surtout, sur le risque zéro qui n’existe pas (ex. : Fukushima), puisqu’aucune énergie n’est idéale (ex. : nucléaire, gaz de schiste, stockage carbone, énergie renouvelable) : il est impératif donc de rendre explicite l’impossibilité du risque zéro et la nécessité de l’acceptabilité des projets énergétiques et de leur utilité pour l’intérêt général.

Dans le même temps, cette acceptabilité n’est pas emprunte de freins. Un exemple probant est la problématique du nucléaire en France : « absence de polémique autour de la filière et montée en puissance de la problématique du changement de climat. L’énergie nucléaire apparaissait de plus en plus comme la solution efficace afin de produire de l’énergie dé-carbonée » (Bonneval et Lacroix-Lanoë, 2011). L’énergie nucléaire est nécessaire car elle n’a pas d’alternative viable. Il est nécessaire « d’établir des normes d’acceptabilité fixant des limites en dessous desquelles les situations sont déclarées acceptables » ; s’il y a un seuil, il est nécessaire de prendre des mesures adéquates et installer un débat démocratique [24]. Si l’incident de Fukushima n’a eu que peu d’impact sur les opinions publiques en France, cela tient à une forte tendance pro-nucléaire historique, en contradiction avec la réaction de l’Allemagne, plus favorable aux énergies renouvelables et au syndrome « not in my backyard »(Percebois, 2012). A contrario, l’Allemagne est une exception en Europe[25]. Dans ce même ordre d’idées, il convient de revenir sur les conséquences de Fukushima qui font que l’Allemagne, l’Italie et la Belgique prévoient la sortie totale du nucléaire. Toutefois, ces politiques ne sont que le renforcement de choix électoraliste antérieurs (Percebois, 2012).L’UE a construit une politique énergétique commune dans une perspective de développement durable : bouquet énergétique, régulation européenne, nécessité d’un dialogue pour apaiser les inquiétudes des opinions publiques (Fischer, 2011).

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013