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Catégorie parente: Concepts
Publication : 23 octobre 2014
Création : 03 mai 2017
Mis à jour : 03 mai 2017

Culture de l’information, durabilité : objets-frontière pour une conceptualisation à facettes

Alain Chante, Lise Verlaet et Coleta Vaisman

-- Extrait --

Pour étudier ces concepts, nous nous sommes tout particulièrement intéressés au concept « d’objet-frontière » développé par Paul Carlile (2002, 2004), qui a souligné le problème des frontières qui se constituent dans le champ des connaissances dans la Revue d'anthropologie des connaissances (Trompette et Vink, 2009). Ces frontières peuvent être représentées et transformées par un objet-frontière qui participe à leur différenciation et à leur intégration.

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Catégorie parente: objet-frontière
Publication : 16 octobre 2014
Création : 15 décembre 2014
Mis à jour : 15 décembre 2014

Culture de l’information, durabilité : objets-frontière pour une conceptualisation à facettes

Alain Chante, Lise Verlaet et Coleta Vaisman

-- Extrait --

La notion d’objet-frontière nécessite de définir de quelle frontière on parle. Pas celle des marges antiques, limite avec un espace jugé barbare et non fréquentable, ni la Frontier américaine, marge ouverte, frange pionnière d’une société en mouvement lieu de conquète et d’installation, (Buarque de Holanda, 1998). Pas la limite intangible, le « Mur » qui sépare, met en opposition, organise le front à front et le face à face, ni même celle dont l’existence « pousse à leur transgression, à leur dépassement, à l’essai de les abolir » (Laske et Winkin, 1995) mais la position stratégique d’une zone qui met ouvertement et nécessairement en contact des éléments étrangers. Car « toute frontière...est le lieu de la dissociation et de l’association, de la séparation et de l’articulation. Elle est le filtre, qui à la fois refoule et laisse passer. Elle est ce par quoi s’établissent les courants osmotiques et ce qui empêche l’homogénéisation » (Morin, 1977, p 204). Frontière vient du latin frons. Si « le terme est relié à faire front, ligne de front, par glissements sémantiques, on rejoint faire face, façade, être face à, on arrive à être voisin. » (Chante, 2010 ).

On a signalé dans le domaine de la géopolitique que la perception des frontières comme de simples lignes de séparation provient de visions centralistes ou livresques, habituées à voir de loin ou à partir de schémas ou de cartes simplificatrices. Par contre les frontaliers, ceux qui vivent et travaillent dans le voisinage de ces lignes les vivent et les voient comme des zones spécifiques de double communication, aux frontières elles-mêmes imprécises et mal délimitées. Il en est de même au niveau recherche : les limites sont fixées d’en haut, de trop haut sans envisager la réalité de terrain. En France en période d’habilitation, nous voyons descendre du ministère des attributions curieuses, le Traitement Automatique des Langues (TAL) en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) et non en Sciences du Langage (SL), l’Information Scientifique et Technique (IST) avec la Médiation Culturelle, dont on repère l’origine, l’influence d’une seule personne de pouvoir qui ne pense qu’au cas spécifique qu’elle connaît. Les « frontaliers disciplinaires », ensuite doivent s’adapter, remanier discrétement.

Car il y a des risques, qui ont été explicités par E. Eveno dans la revue Netcom: Cette organisation de la science en champs plus ou moins imperméables les uns vis à vis des autres… rend par ailleurs fort délicat l’ensemble des tentatives qui visent, sous couvert d’interdisciplinarité, de transdisciplinarité voire de synthèse scientifique, à remettre en question les frontières entre l’ensemble des différents champs scientifiques (Eveno 2004 ). Le chercheur qui a pour projet d’importer dans le champ de sa discipline des objets nouveaux n’est pas toujours assimilable à un innovateur (encore faut-il qu’il réussisse dans son entreprise et qu’elle ait des effets sur la recomposition du champ) c’est en tout cas, la plupart du temps, un marginal (Eveno, 2004), souffrant d’une faible reconnaissance dans le champ d’appartenance, d’un isolement structurel et de ce fait d’une légitimité restreinte.

Nous suggérons un modèle, un exemple de frontière géographique rarissime qui pourrait donner l’exemple : le cas de l’Antarctique. D’une part un « territoire sans maître » objet de convoitise de 7 états fondant leurs prétentions territoriales sur la découverte, la proximité géographique ou l'accomplissement d'actes de souveraineté. Mais d’autre part une région particulièrement intéressante pour les scientifiques dans des conditions qui rendent la collaboration scientifique et la libre circulation des informations entre chercheurs nécessaires. De cela ressort le Traité sur l'Antarctique, signé par 12 pays, entré en vigueur le 23 juin 1961 qui fait de la région un continent réservé aux seules activités pacifiques et organise le « gel » des prétentions territoriales, sans abandon des droits ou revendications des 7 états concernés, mais droits que peuvent ignorer les 5 autres s’ils le désirent. Ce serait dans un cadre de ce genre que l’objet-frontière peut prendre tout son intérêt : de simple objet central, s’offrant à différents regards complémentaires, qui pourrait être modélisé par des « parts de gâteau » (étape de la différentiation selon Carlile), puis lieu neutre, sans séparation où des liens se tresseraient (étape de l’intégration selon Carlile), on pourrait aboutir à des liens directs entre les disciplines. C’est-à-dire que l’objet-frontière deviendrait un médiateur, qui lorsqu’il sera délaissé pour cause d’obsolescence, laissera une habitude, des reflexes de collaboration, des liens bien suturés. Il deviendrait non seulement sujet d’une pluridisciplinarité, d’une convergence dans une démarche d’hybridation « constitutive de la construction sociale des savoirs et de l’information » (Couzinet, 2011), objet d’interdisciplinarité, défendu par Laurent Mermet (2004, p. 211- 212) qui consiste à établir de véritables connexions entre concepts, outils d’analyse et modes d’interprétation de différentes disciplines, car il ne suffit pas d’ajouter des disciplines sur un même objet d’analyse mais il faut faire se confronter diverses compétences disciplinaires afin de rendre plus pertinents ces concepts et outils d’analyse, ou d’étendre le champ des interprétations à partir de résultats eux-mêmes issus de protocoles d’analyse communs (Charaudeau, 2010), mais cause de transdisciplinarité, « transdisciplinarité est plus ambitieuse, (dont l’) objectif est de rassembler les savoirs au delà des disciplines en dépassant les frontières étroites fixées pour chacune d’entre elles. Elle est censée construire ses propres contenus et méthodes en exploitant de nombreuses disciplines » (Sellamna, Hawkins, 2012).

Cet objet-frontière pose le problème suivant. Les acteurs, dans les domaines où les connaissances ne sont pas encore stabilisées, se confrontent au besoin de concilier les significations différentes des objets sur lesquels ils tentent de s’accorder... La notion est donc étroitement liée aux questions de signification partagée et d’interprétation. Elle suppose l’existence d’une structure minimale de connaissance, reconnaissable par les membres de différents mondes sociaux. On se souvient du schéma de Moles insistant sur l’ensemble de reférents, sur la culture partagée, représenté sous la forme d’une inclusion plus ou moins forte entre deux cultures personnelles (Moles, 1981, p.21).

Le problème est que la tendance des disciplines à créer leur langage, à donner des définitions précises et ostracisantes à des termes classiques, car « chacun a son modèle de représentation pour décrire les structures et les contraintes d’intégrité, et son propre langage de requête qui caractérise les mécanismes d’accès aux données » (Boulanger, 1994), fait qu’on hésite sur les rapprochements : doit-on considérer que les sens différents conduisent à une séparation, ou que le fait d’utiliser le même terme est en soi un signal qu’il y a des possibilités de cohésion ?

Tout repose pour nous sur la récupération des sens d’autrefois, jugés à tort démodés, ou d’ailleurs. Qu’est ce que la mode (1) quand on se veut durable ? Nous croyons aux démarches heuristiques. Ce qui a été dit n’a pas à être sacralisé (il doit être simplement respecté par le souci de la référence exacte), mais à devenir un objet réutilisable dans une autre construction. Nous sommes dans la sémiose illimitée de Peirce, nous sommes dans Moles et son approche de la créativité qui consiste en une reconstruction à partir de « briques de savoir » récupérées (Moles, 1970 ; Moles, 1973).

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Catégorie parente: objet-frontière
Publication : 16 octobre 2014
Création : 15 décembre 2014
Mis à jour : 15 décembre 2014

Pratiques informationnelles dans une communauté professionnelle : les conditions d’émergence de la durabilité des écosystèmes informationnels

Anne Lehmans et Karel Soumagnac

-- Extrait --

On constate ainsi la production embryonnaire d’objets-frontières sous forme de classifications ou de documents standards qui permettent d’installer un dialogue entre les acteurs des projets. Les objets-frontières peuvent se définir comme « un arrangement qui permet à différents groupes de travailler ensemble sans consensus préalable» (Star, 2010). Il s’agit d’artefacts (logiciels, procédures, classifications, etc.) qui assurent le transfert d’éléments d’une pratique vers une autre avec les caractéristiques de la modularité, l’abstraction, la polyvalence, la standardisation. Les projets eux-mêmes sont des objets communicationnels à partir desquels peuvent se créer des standards et des catégories d’informations.

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Catégorie parente: objet-frontière
Publication : 16 octobre 2014
Création : 15 décembre 2014
Mis à jour : 15 décembre 2014

Pratiques informationnelles dans une communauté professionnelle : les conditions d’émergence de la durabilité des écosystèmes informationnels

Anne Lehmans et Karel Soumagnac

-- Citation tirée de : Star, L. S. Ceci n'est pas un objet-frontière ! Réflexions sur l'origine d'un concept. Anthropologie des connaissances, 2010. --

Les objets-frontières peuvent se définir comme « un arrangement qui permet à différents groupes de travailler ensemble sans consensus préalable »

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Catégorie parente: objet-frontière
Publication : 16 octobre 2014
Création : 15 décembre 2014
Mis à jour : 15 décembre 2014