Culture de l’information, durabilité : objets-frontière pour une conceptualisation à facettes

Alain Chante, Lise Verlaet et Coleta Vaisman

-- Extrait --

Traditionnellement en information-documentation, une information polluante s’emploie pour désigner un contenu non pertinent, un apport de connaissances qui s’avère être faux. Cette pollution informationnelle peut également venir de sources polluées, type de pollution en plein essor. Grâce à internet et aux outils du Web 2.0, chacun peut publier du contenu informationnel sans pour autant avoir les connaissances adéquates : rumeurs et désinformations sont désormais légion sur la toile. Les problèmes liés à la validité de l’information sont devenus récurrents. Tant et si bien que les fondateurs du Web Sémantique (Berners-Lee et al., 2001) intègre cette notion de validité de l’information au sein de son architecture, le Web ne pouvant atteindre son plein potentiel sans la confiance des utilisateurs dans les informations trouvées. Enfin la densité même des informations pose problème : une pollution dépend du taux de présence d’un élément dans un milieu. Leibniz, vers 1675-1680, deux cent ans après l’invention de l’imprimerie, était affolé par le nombre d’ouvrages qui en découlent. Et Robert Damien a évoqué « les maladies de l'intelligence active » provoquées par l’immédiateté de l’accès et la facilité de l’utilisation du livre dénoncées par Cabanis dans son projet de bibliothèque universelle : il y a trop d’ouvrages, il éprouve une « stupéfaction stupide devant la quantité des livres... Le nombre de livres menace de nous étouffer » (Damien, 1996, p. 507). Internet fait tendre vers l’infini cette multiplication qui a pour conséquence les répétitions constantes, la perte de temps. 


L’utilisateur est aussi responsable d’une pollution lorsqu’il n’utilise pas les informations qu’il accumule, parfois par manque de discernement dans sa collecte devenue trop facile (le plénomène existait peu avant la photocopie, quand la collecte passait par la copie manuelle des articles), mais aussi, c’est le cas dans les entreprises, par des décideurs qui ont plus confiance en « leur flair » qu’en toutes les données récupérées. Il faut penser aussi à des problèmes de capacité de traitement, problèmes matériels qui sont peut être plus facile à résoudre : les croisements de données à des fins de repérage manquent de précision, que ce soit dans l’entreprise ou dans le renseignement « de sécurité ». Et pour revenir à la notion de culture évoquée plus haut, il faut distinguer les données chiffrées, « observations et constructions quantifiées de la science et de la technologie » (UNISIST, 1971) et l’information, « d’un ordre supérieur à celui de la données… plus complexe » (Machlup et Marsfield, 1983).

Catégorie parente: information polluante
Publication : 16 octobre 2014
Création : 15 décembre 2014
Mis à jour : 15 décembre 2014

Culture de l’information, durabilité : objets-frontière pour une conceptualisation à facettes

Alain Chante, Lise Verlaet et Coleta Vaisman

-- Extrait dans lequel l' "information durable" est opposée à l' "information polluante" --

A un deuxième niveau, il peut s’agir d’avoir une information « durable ». Pour l’obtenir, il faut lutter contre l’info-pollution que nous envisageons selon trois aspects. Traditionnellement en information-documentation, une information polluante s’emploie pour désigner un contenu non pertinent, un apport de connaissances qui s’avère être faux. Cette pollution informationnelle peut également venir de sources polluées, type de pollution en plein essor. Grâce à internet et aux outils du Web 2.0, chacun peut publier du contenu informationnel sans pour autant avoir les connaissances adéquates : rumeurs et désinformations sont désormais légion sur la toile. Les problèmes liés à la validité de l’information sont devenus récurrents. Tant et si bien que les fondateurs du Web Sémantique (Berners-Lee et al., 2001) intègre cette notion de validité de l’information au sein de son architecture, le Web ne pouvant atteindre son plein potentiel sans la confiance des utilisateurs dans les informations trouvées. Enfin la densité même des informations pose problème : une pollution dépend du taux de présence d’un élément dans un milieu. Leibniz, vers 1675-1680, deux cent ans après l’invention de l’imprimerie, était affolé par le nombre d’ouvrages qui en découlent. Et Robert Damien a évoqué « les maladies de l'intelligence active » provoquées par l’immédiateté de l’accès et la facilité de l’utilisation du livre dénoncées par Cabanis dans son projet de bibliothèque universelle : il y a trop d’ouvrages, il éprouve une « stupéfaction stupide devant la quantité des livres... Le nombre de livres menace de nous étouffer » (Damien, 1996, p. 507). Internet fait tendre vers l’infini cette multiplication qui a pour conséquence les répétitions constantes, la perte de temps. L’utilisateur est aussi responsable d’une pollution lorsqu’il n’utilise pas les informations qu’il accumule, parfois par manque de discernement dans sa collecte devenue trop facile (le plénomène existait peu avant la photocopie, quand la collecte passait par la copie manuelle des articles), mais aussi, c’est le cas dans les entreprises, par des décideurs qui ont plus confiance en « leur flair » qu’en toutes les données récupérées. Il faut penser aussi à des problèmes de capacité de traitement, problèmes matériels qui sont peut être plus facile à résoudre : les croisements de données à des fins de repérage manquent de précision, que ce soit dans l’entreprise ou dans le renseignement « de sécurité ». Et pour revenir à la notion de culture évoquée plus haut, il faut distinguer les données chiffrées, « observations et constructions quantifiées de la science et de la technologie » (UNISIST, 1971) et l’information, « d’un ordre supérieur à celui de la données… plus complexe » (Machlup et Marsfield, 1983).

Catégorie parente: information polluante
Publication : 16 octobre 2014
Création : 04 mai 2017
Mis à jour : 04 mai 2017