n°2/2017 - Bricolages, improvisations et résilience organisationnelle face aux risques informationnels et communicationnels

1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Introduction

Sylvie Grosjean, Christian Marcon et Dominique Maurel

Les organisations sont complexes, fortement technologisées, et évoluent dans un environnement de plus en plus turbulent, ce qui tend à les rendre vulnérables. Dans un tel contexte, des auteurs ont notamment abordé la question des risques communicationnels et informationnels encourus par les organisations (Moinet, 2014; Sauvajol-Rialland, 2014; Bouzon, 2001; Bonneville et Grosjean, 2007). Ces risques renvoient à une ambigüité, équivocité générées par l’usage de données numérique, à la perte de contrôle de l’information dans les organisations (surcharge informationnelle) ou aux risques de désorganisation des collectifs (problèmes de coordination des actions, de collaborations, etc.). Par exemple, dans le contexte du travail en réseau, les acteurs font reposer la coordination de leurs actions sur de nouveaux modes de communication ayant un recours massif aux données numériques, à l’utilisation de systèmes d’information, etc. Or, malgré toutes les précautions techniques et tentatives de mieux contrôler l’information qui circule, de permettre une meilleure communication, de nombreux chercheurs décrivent les TIC comme des agents ambigus, capables de modifier très profondément notre rapport à autrui et au support, à l’écriture, à la lecture, à l’espace et au temps (Borzeix et Fraenkel, 2005). En effet, l’introduction de diverses technologies telles que les Workflows, ERP et autres accentuent la plurisémioticité (Lacoste, 2005) et l’imbrication des formes langagières et des supports : mélange de langage oral, d’écrits, d’images, de chiffres, de codes, de tableaux, etc. Les jargons de métiers, les langages d’experts ou de spécialistes se côtoient, se chevauchent, s’interpénètrent et peuvent parfois générer de la confusion, voire des erreurs de manipulations, autrement dit rendre vulnérable ces nouvelles formes d’organisation et les confronter à un nouveau type de risques : les risques communicationnels. 

LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Cinéma, numérique, bricolages.
Quand l'industrie du cinéma bricole stratégiquement les bricolages des internautes

Stéphanie Marty

Résumé : Le numérique a bouleversé le secteur cinématographique, et notamment la morphologie des pratiques des publics et l’éco-système de la promotion cinématographique. Dans cet article, nous montrons que le numérique a également changé les rapports entre les publics et les acteurs économiques de l’industrie cinématographique. Plus précisément, nous montrons que le numérique a changé la façon dont les publics appréhendent les contenus promotionnels (affiches, bandes-annonces) déployés par les acteurs économiques, et la façon dont les acteurs économiques appréhendent les contenus déployés par les publics. En effet, aujourd’hui, les internautes bricolent les Producers Generated Contents (contenus déployés par les acteurs économiques). Ces bricolages d’internautes comportent un certain nombre de risques communicationnels (copyright) pour les acteurs économiques, qui choisissent de bricoler stratégiquement ces bricolages, plutôt que de les boycotter. 
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Surcharge du courriel et pratiques de contournement dans les environnements numériques de travail : quelques pistes de solution inspirées de la sémiotique organisationnelle

Inge Alberts

Résumé : La surcharge du courriel constitue un défi de taille dans les organisations d’aujourd’hui. Cet article présente les résultats d’une étude qualitative visant un examen des difficultés associées à l’utilisation du courriel en milieu de travail. En vue de proposer des pistes de solution théorique et pratique au sentiment de surcharge qui découle de l’utilisation des systèmes de messagerie, une application des concepts empruntés à la sémiotique organisationnelle est proposée. De manière générale, l’étude révèle que la nécessité d’effectuer un suivi efficace des tâches générées par le courriel force les employés à mettre en place des stratégies complexes pour contourner les lacunes des systèmes de messagerie. Ces pratiques nous amènent à concevoir une nouvelle approche de l’interaction humain-ordinateur, au sein de laquelle l’analyse technique de l’interaction est enrichie d’une perspective pragmatique.  
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

La formation face aux risques numériques : bricolages, improvisations et résilience institutionnelle liés aux usages des données ouvertes

Camille Capelle, Anne Lehmans, Franc Morandi et Karel Soumagnac

Résumé : La perception des risques par les acteurs de l’éducation qui s’engagent dans des activités pédagogiques autour des données ouvertes en contexte scolaire induit des bricolages et des improvisations. Des formes de résilience apparaissent, dans les modalités de gouvernance des données ouvertes du côté des collectivités qui les diffusent, et dans les postures éducatives des enseignants à travers la construction de séquences pédagogiques. Une enquête réalisée à partir d’entretiens et d’un repérage des ressources existantes a abouti à l’identification d’un écosystème émergent. Celui-ci permet de construire et d’expérimenter des ressources, de s’auto-organiser et d’apprendre, grâce aux projets, à faire face aux enjeux de la société du numérique.
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Culture du contrôle et injonction à la transparence : gestion de l’image et des relations publiques par la police à l’ère numérique

Michaël Meyer

Résumé : La prolifération des outils légers de captation audio-vidéo et des moyens de communication à distance ont perturbé la capacité de certains groupes professionnels à maîtriser leurs apparitions publiques et à contrôler les informations entourant leurs actions. Dans ce contexte de nouvelle visibilité, le travail de la police se trouve, de plus en plus, documenté par une multitude d’images et de comptes rendus, officiels et non-officiels. L’intervention policière est dès lors aussi le lieu d’un affrontement des images et d’une anticipation de leur diffusion. Soumise aux regards des foules équipées de caméras miniatures et des internautes qui partagent les images, la police serait alors sommée de devenir plus juste, plus « transparente » et de mieux communiquer sur ses actions. Entre information du public, mise en débat des actions policières et autopromotion de la police, la question des transformations de la « communication policière » à l’ère numérique sera traitée grâce à des observations conduites en Suisse.
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Dynamiques émergentes, matérialité et transmission d’information dans les organisations mises en difficulté : l’étude d’un réseau inter-organisationnel entre 2003 et 2013 

Anouck Adrot

Résumé : Les situations critiques impliquent une pression émotionnelle et d’importantes contraintes temporelles, même pour les organisations les plus préparées. Dans ce contexte, le risque d’une circulation d’information ralentie, voire stoppée, est accru. Sur deux périodes, nous analysons un réseau inter-organisationnel faisant face à des niveaux divers de criticité. A l’aide de méthodes qualitatives, nous identifions ainsi quatre dynamiques comportementales influençant la transmission d’information et la résilience du réseau. D’un côté, la réinvention et la résignation aboutissent à un maintien de la transmission d’information sans pour autant le garantir, tandis que l’abandon et la stagnation stoppent la transmission d’information et la résilience du réseau. Ces dynamiques reflètent et alimentent des tensions entre les possibilités d’action offertes par les objets, les cadres pratiques et institutionnels tels que vécus par les acteurs. Il en découle la nécessité pour les organisations de jeter un regard nouveau sur la relation qu’elles entretiennent à la matérialité en situation d’urgence. 
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

L’informatisation de l’inventaire des collections face à l’ancrage organisationnel des pratiques documentaires dans les musées français : évolution, matérialisation et disqualification des pratiques professionnelles

Maryse Rizza

Résumé : A partir d’une recherche doctorale basée sur la numérisation du dossier d’œuvre en musée, cette contribution propose d’observer les répercussions organisationnelles de l’intégration des supports informatisés dans le processus d’inventaire du patrimoine muséographique. Traditionnellement basé sur le support papier, l’inventaire et son informatisation constituent un enjeu majeur de l’organisation muséale pour répondre aux injonctions communicationnelles de l’expérience culturelle offerte aux visiteurs. Mais si les activités de la chaine opératoire autour de l’œuvre semblaient maitrisables par le projet d’une vision centrée sur l’outil informatique de l’organisation muséale, l’impact du changement de support, l’importance symbolique de la matérialité dans les pratiques professionnelles muséales, l’organisation des processus et l’histoire culturelle de l’inventaire encouragent les acteurs du musée à contourner les systèmes informatisés en ayant recours à des « bricolages organisationnels». 
LIRE L'ARTICLE
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Rating 0.00 (0 Votes)

Interopérabilité et logiques organisationnelles
Ce qu'ouvrir ses données veut dire

Marie Després-Lonnet, Béatrice Micheau et Marie Destandau

Résumé : Dans la perspective de l’ouverture des données publiques, nous accompagnons trois institutions qui gèrent des fonds liés à la musique, dans cette triple évolution technique, organisationnelle et politique. L’objectif est de concevoir une « ontologie » qui servira d’appui à la description de la musique. Notre collaboration avec les experts a permis de saisir les tensions que ce projet génère, malgré la volonté collective de parvenir à une modélisation partagée. Nous avons ainsi pu montrer que chaque institution porte un regard situé sur la musique comme pratique sociale et sur les objets et documents qu’elle détient. La recherche d’un modèle commun et qui pourrait s'appliquer globalement nécessite que chaque institution envisage les données et les concepts associés d’une façon plus globale et remette en partie en question ses modes de faire. Notre étude montre que pour ne pas aboutir à un modèle totalement abstrait, il convient de voir la modélisation comme une forme de discours qui s’inscrit dans la continuité des écritures de notre patrimoine culturel : écritures vivantes, faites de négociations constantes entre normes et bricolages, nécessités organisationnelles et adaptation à des contraintes ponctuelles, dont nous retrouvons sans cesse les multiples traces, qui sont autant de matériaux pour nos recherches sur l’anthropologie des savoirs. 
LIRE L'ARTICLE