Problématique et thèmes de réflexion

En 2005, Denise Jodelet introduisait son article Formes et figures de l’altérité en écrivant : « Incarnation de la diversité humaine, l’autre est pluriel. Il paraît ou est désigné tel, à divers titres, sous des conditions, dans des circonstances et à partir de points de vue multiples. Les questions que l’on peut poser à son propos sont aussi variées : de qui s’agit-il, individu ou groupe ? Comment et pourquoi s’opèrent sa perception, sa définition, sa construction, sa représentation ? Quelles relations sont établies avec l’autre, sous quelles formes pratiques et symboliques, en fonction de quelles motivations ou fins, sur la base de quelles positions sociales relatives, etc.? »

Ayant posé la diversité - donc l’existence de l’Autre, différent - comme consubstantielle à l’existence de la société humaine, Jodelet proposait un premier repère pour aborder la question de l’altérité en caractérisant deux figures de l’altérité.  « D’une part, « l’altérité du dehors » qui concerne les pays, peuples et groupes situés dans un espace et/ou un temps distants et dont le caractère « lointain », voire « exotique », est établi en regard des critères propres à une culture donnée correspondant à une particularité nationale ou communautaire ou à une étape du développement social et technoscientifique. D’autre part, « l’altérité du dedans », référant à ceux qui, marqués du sceau d’une différence, qu’elle soit d’ordre physique ou corporelle (couleur, race, handicap, genre, etc.), du registre des mœurs (mode de vie, forme de sexualité) ou liée à une appartenance de groupe (national, ethnique, communautaire, religieux, etc.), se distinguent à l’intérieur d’un même ensemble social ou culturel et peuvent y être considérés comme source de malaise ou de menace.

Le questionnement sur l’altérité proposé par Jodelet ne saurait être réservé à la psychologie sociale. L’altérité[1], qualité de ce qui est autre, de ce qui est différent, interroge les normes, le traitement par la masse des données de situations qui ne sont pas nécessairement massives, la simplification par le recours répétitif à des procédés de communication qui réussissent « en général », la négation, l’affirmation voire la revendication de la figure de l’autre…

Lorsque la norme est devenue le savoir lire, écrire et compter / (s)’informer et communiquer dans le virtuel - comment (in)former l’Alter, analphabète ou illettré ? Lorsque la norme est d’utiliser / d’investir l’univers numérique, comment ne pas laisser sur le bord des autoroutes de l’information les digital immigrants qui ne maitrisent pas la littératie nécessaire ? Comment prendre en compte les 3e ou 4e âge dont les capacités à entrer dans la communication informatisée sont éventuellement amoindries ? Lorsque le visuel est une variable majeure de la communication (image publicitaire, infographie, émoji, 3D) comment communiquer  avec les déficients visuels ou les victimes de maladies de la vue ? A fortiori s’ils ne constituent pas un marché rapidement rentable ? Comment communiquer avec l’Alter robot humanoïde, ressemblant mais sans être Humain parlant, semblant penser sans être un humain ? Comment communiquer avec ceux qui choisissent de se placer hors système, avec les marginaux, avec les militants d’une vie de retour à la nature loin de la technologie ?

A tous ces questionnements s’ajoutent les préoccupations des organisations, confrontées continuellement à une pléthore de défis générés par le changement hyper-accéléré de personnels, de compétences, de systèmes, de logiciels, d’environnement informationnel, et qui doivent conséquemment ajuster leurs stratégies afin de faire face à une réalité qui ne cesse d’être Différente - Autre par rapport à ce qui était initialement planifié. Quelles sont donc les stratégies adoptées afin d’y faire face? Quelle est la place que peuvent occuper les processus d’information et de communication, ainsi que les nouvelles approches documentaires, dans ce contexte en permanente transition?

À la confluence des sciences sociales et humaines et avec le soutien des développements issus des sciences et des techniques, le champ des sciences de l’information et de la communication (SIC) étudie les bouleversements se manifestant dans la société et dans les organisations. Les travaux sur la communication interculturelle ont déjà abordé de manière soutenue les questions de l’altérité « du dehors », pour reprendre la terminologie de Jodelet. La confrontation des organisations (entreprises, associations, collectivités territoriales, écoles…) à la problématique de l’altérité « du dedans » dans leurs processus d’information et de communication, constitue la thématique centrale du 8e Colloque Communication, Organisation, Société du Savoir et Information (COSSI).

Les organisateurs invitent la communauté des chercheurs, doctorants, étudiants-chercheurs et praticiens à soumettre des propositions prenant en compte davantage les aspects de durabilité et de responsabilité des pratiques que les performances d’outils. Si la dimension « outil » peut légitimement être abordée, c’est dans le cadre d’un questionnement sur les usages, les représentations, les dimensions sémiopragmatiques qui lui sont attachées que les réflexions et les contributions sont encouragées. 

Parmi les angles de traitement possibles de la question de l’altérité, en complément des questionnements déjà suggérés ci-dessus :

  • la contribution des SIC à la conciliation entre l’aspiration à la durabilité des stratégies organisationnelles et la variété des formes et des types que l’altérité individuelle et / ou organisationnelle peuvent revêtir ;
  • les interactions avec l’autre – que ce soit un interlocuteur humain d’une autre culture, d’un autre métier, ayant un autre référentiel professionnel ou social, ou un objet technique, notamment dans le contexte de l’émergence de robots humanoïdes appelés à accompagner à l’avenir l’activité quotidienne ou professionnelle ;
  • les démarches et processus de gestion de l’altérité en organisation, sous leurs multiples aspects – informationnels, communicationnels, documentaires, conceptuels, cognitifs, éducatifs, pédagogiques, administratifs, légaux, économiques, technologiques, etc.

Sont attendues avec le plus grand intérêt les contributions traitant de ces questionnements croisés entre SIC et les sciences sociales et humaines (administration, droit, économie, management, philosophie, sciences politiques, éducation, sciences cognitives, etc.), et où le concept de durabilité (évolutions actuelles garantes de l’avenir) se dessine de plus en plus comme trame de fond.

Le COSSI, colloque international dont les travaux se déroulent en français, est ouvert à toute la communauté spécialisée dans ces domaines. Les textes des communications présentées au colloque seront diffusés sous formes d’actes de colloque. Certains textes pourraient être aussi retenus pour une réévaluation en vue de leur publication dans la nouvelle revue COSSI.

[1]L’altérité : État, qualité de ce qui est autre, distinct (Larousse). Caractère, qualité de ce qui est autre, distinct (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). En philosophie, qualité de ce qui est autre (Dictionnaire Universalis).

Références orientatives

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Brasseur, M.; Persson, S.; Rappin, B. (2015). Diversité et pluralité en management. RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management,      Homme(s) & Entreprise, 18.

Brier, S.  (2013). Cybersemiotics : a new foundation for transdisciplinary theory of information, cognition, meaningful     communication and     the interaction between nature and culture. Integral Review, 9, 2.

Day, R. E. (2011). Death of the user: reconceptualizing subjects, objects, and their relations. JASIST, 62, 1.

Ess, C. (2010). Brave new Worlds? The once and future information ethics. http://www.researchgate.net/publication/237403046

Gomez, M. N. G. de. (2012). Social sciences and information issues. Morpheus – Revista Electronica em Ciencias Humanas, 09, 14.

Interculturel et communication dans les organisations. (2002). Communication & Organisation, 22.

Jodelet D. (2005). Formes et figures de l’altérité. In Sanchez-Mazas M. & Licata L. (2005). L’autre. Regards psychosociaux, Vies sociales,      Presses de l’Université de Grenoble.

Le Blanc, B. (2014). La (non) place de l'altérité dans les sciences cognitives. Hermès, La Revue, 68, 1.

Leckie, G. J., Given, L. M., & Buschman, J. (2010). Critical theory for library and information science: exploring the social from across the     disciplines. ABC-CLIO.

Lingel, J. (2014). Information as performance: Mobile technology, city streets and the anti-tourist. iconference 2014 Proceedings.

Lingel, J. (2013). “Keep it secret, keep it safe”: Information poverty, information norms, and stigma. Journal of the American Society      for Information Science and Technology, 64, 5.

Maury, Y., & Kovacs, S. (2014). ‪ Étudier la part de l'humain dans les savoirs: les Sciences de l'information et de la communication au    défi de l'anthropologie des savoirs‪. Études de communication, 42, 1.

Petrilli, S., & Ponzio, A. (2011). Transcendence and alterity: On life, communication, and subjectivity. Semiotica, 184.

Sandywell, B. (2006). Monsters in cyberspace cyberphobia and cultural panic in the information age. Information, Community and        Society,           9,1.

Turkle, S. (2012). Alone together: Why we expect more from technology and less from each other. Basic books.

Wolton, D. (2004). Information et communication: dix chantiers scientifiques, culturels et politiques. Hermès, La Revue, 38, 1.

Comité scientifique

François Brouard, Université Carleton, Ottawa, Canada
Alain Chante, Institut des Technosciences de l’Information et de la Communication, Université Montpellier 3, France
Aida Chebbi, Institut Supérieur de Documentation, Université de la Manouba, Tunisie
Anne Cordier, ESPE, Université de Rouen, France
Viviane Couzinet, Institut Universitaire de Technologie, Université Toulouse-III, France
Jacqueline Deschamps, Haute École de Gestion de Genève, Suisse
Yves de Champlain, Université de Moncton, Campus de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
Viviane du Castel, Institut Supérieur Européen de Gestion, Paris, France
Kimiz Dalkir, School of Information Studies, McGill University, Québec, Canada
Arnaud Diemer, Université Blaise Pascal, Clermont Ferrand, France
Raja Fenniche, Institut Supérieur de Documentation, Université de la Manouba, Tunisie
Sidonie Gallot, Institut des Technosciences de l’Information et de la Communication, Université Montpellier 3, France  
Olivier Germain, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal, Québec, Canada
Gustavo Gomez-Mejia, Institut Universitaire de Technologie, Université de Tours, France
Sylvie Grosjean, Département de Communication, Université d’Ottawa, Canada
Marcel Lajeunesse, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Université de Montréal, Québec, Canada
Mariannig Le Béchec, Institut d’Administration des Entreprises, Université de Poitiers, France
Anne Lehmans, Université de Bordeaux, France
Vincent Liquète, ESPE Aquitaine, Université de Bordeaux, France
Hélène Madinier, Haute École de Gestion de Genève, Suisse
Monica Mallowan, Université de Moncton, Campus de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
Christian Marcon, Institut d’Administration des Entreprises, Université de Poitiers, France
Dominique Maurel, École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Université de Montréal, Québec, Canada
Nicolas Moinet, Institut d’Administration des Entreprises, Université de Poitiers, France
Florence Ott, Université de Moncton, Campus de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
Céline Paganelli, Institut des Technosciences de l’Information et de la Communication, Université Montpellier 3, France
Fabrice Papy, Université de Lorraine, France
Pierre-Michel Riccio, École des Mines d’Alès, France
Sahbi Sidhom, Université de Lorraine, France
Shabnam Vaezi, Institut Universitaire de Technologie, Université de Tours, France
André Vellino, École des Sciences de l’information, Université d’Ottawa, Canada
Lise Verlaet, Institut des Technosciences de l’Information et de la Communication, Université Montpellier 3, France

Comité d'organisation

Présidence

Monica Mallowan, professeure agrégée, Université de Moncton, NB, Canada
Christian Marcon, maître de conférences HDR, Pôle Information-Communication de l’IAE de Poitiers, France
Marthe Robichaud, professeure agrégée, Université de Moncton, NB, Canada
Lise Verlaet, maître de conférences, Université de Montpellier, France

Organisation

Audrey De Ceglie, maître de conférences, IUT Paul Sabatier, Université Toulouse 3.
Hans Dillaerts, ITIC, maître de conférences, Université Montpellier 3, France
Sidonie Gallot, ITIC, maître de conférences, Université Montpellier 3, France
Nadia Hassani, ITIC, docteur, Université Montpellier 3, France
Stéphanie Marty, ITIC, docteur, Université Montpellier 3, France
Céline Paganelli, ITIC, maître de conférences HDR, Université Montpellier 3, France
Sophie Vaillies, ITIC, maître de conférences, Université Montpellier 3, France

Comité-conseil

Sylvie Grosjean, Université d’Ottawa, Canada
Vincent Liquète, Université de Bordeaux, France
Monica Mallowan, Université de Moncton, Canada
Christian Marcon, Université de Poitiers, France
Dominique Maurel, Université de Montréal, Canada
Lise Verlaet, Université de Montpellier, France