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Le droit de lire dans les littératures de l’imaginaire. Réflexions d’une juriste sur le renouvellement d’une utopie littéraire

Florence Chérigny

Résumé : Depuis la naissance de l’imprimerie, une utopie fondée sur « le droit de lire » se décline dans les littératures de l’imaginaire. Elle se renouvelle  au rythme des bouleversements induits par l’apparition de nouvelles technologies : audiovisuel, numérique, nanotechnologies... L’étude propose d’analyser le « droit de lire » comme utopie littéraire, au prisme de ces évolutions médiologiques, en épousant le point de vue du juriste.


Mots clés :
 droit de lire ; lecture ; littérature ; droit d’auteur ; liberté d’expression.

Introduction

L’utopie est par excellence un genre littéraire. Il n’est pas anodin que Thomas More ait forgé le néologisme « utopie » pour désigner ce qu’il qualifiait de «bagatelle littéraire». Et, pour un écrivain, doublé d’un fin juriste comme l’était Thomas More, quelle plus belle utopie qu’un monde où chacun aurait le « droit de lire » ? A cet égard encore, l’exemple d’Utopia ou la meilleure forme de gouvernement est emblématique. Thomas More y décrit une île idéale dans laquelle chaque repas est précédé d’une lecture, un décret du Sénat permettant aux lecteurs les plus passionnés de s’adonner à plein temps à la lecture des écrivains étrangers. Dans cette île idéale, les utopiens ont découvert l’imprimerie et ont réussi à reproduire, par milliers d’exemplaires, les livres que le voyageur-narrateur a laissés dans l’île. La révolution Gutenberg est ainsi au cœur d’une Utopie qui porte déjà en germe un idéal fondé sur le « droit de lire ».

Au fur et à mesure des siècles, cette utopie va se décliner dans les littératures de l’imaginaire, selon les sensibilités propres à chaque auteur et l’infinie variété des formes qu’autorise l’imagination : utopie critique ou satirique, uchronie, dystopie… Elle va également se renouveler au rythme des bouleversements induits par l’apparition de nouvelles technologies : audiovisuel, numérique, nanotechnologies... L’étude propose d’analyser le « droit de lire » comme utopie littéraire, au prisme de ces évolutions médiologiques. Nous développerons cette réflexion en deux temps, en invitant le lecteur à utiliser la machine à remonter dans le temps (I), avant de l’inviter à opérer un retour vers le futur (II).

1– La machine à remonter le temps : du livre imprimé aux écrans
1-1 La révolution de l’imprimerie

De la Renaissance à la fin du XIXe siècle, l’imprimerie est portée aux nues, ouvrant la voie à des utopies placées sous le signe du progrès triomphant. En réponse à Thomas More, François Rabelais imagine dans Gargantua l’abbaye de Thélème et loue, en ces termes, la révolution de l’imprimerie : « Rabelais dit que le canon est une invention du Diable, mais que par contre le Bon Dieu, pour combattre l'artillerie, opposant la lumière au feu, nous a donné l'imprimerie ». Le propos n’est pas anodin. L’année où François Rabelais rédige Gargantua, qui sera censuré en France, François Ier a interdit pendant un mois l'impression de tout livre sous peine de mort. L’imprimeur de Rabelais sera d’ailleurs finalement condamné à mort. On comprend que pendant longtemps le droit de lire se soit étroitement confondu dans les utopies avec le droit d’imprimer.

Singulier apparaît, à cet égard, le petit ouvrage de Voltaire paru en 1765, De l’horrible danger de la lecture. Dans cette contre-utopie satirique, qui prend les allures d’un édit factice, Voltaire imagine qu’un mufti du Saint Empire Ottoman interdit, pour l’édification de ses fidèles et pour le bien de leurs âmes, de lire, d’enseigner à lire et finalement de penser, sous peine de damnation éternelle. Voltaire, qui a déjà été emprisonné à la Bastille comme auteur, a du reste bien des raisons de redouter les dangers que fait encourir la lecture dans les Etats policés. L’année où il publie sa fiction, l’infortuné chevalier de La Barre sera condamné à la torture, puis brûlé avec clouté sur le torse l'exemplaire du dictionnaire philosophique de Voltaire qu’on a retrouvé chez lui. On ne plaisante pas avec la censure.

En 1770, Louis-Sébastien Mercier renoue avec une utopie fondée sur le droit d’imprimer dans son roman L'An 2440 ou Rêve s'il en fut jamais. Il y décrit un Paris radieux où la censure officielle a disparu et prophétise que l’imprimerie « sera le plus redoutable frein au despotisme, parce qu’elle publiera ses moindres attentats, [...] qu’elle éternisera les sottises et jusqu’aux faiblesses des rois ». Interdit en France, l’ouvrage connaitra néanmoins un succès public certain, sans doute parce qu’il exprime de curieux pressentiments à propos de la future révolution à venir. 1789 verra d’ailleurs se concrétiser, en partie, le rêve de Louis-Sébastien Mercier, avec l’adoption de l’article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen proclamant que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme » et décrétant « la liberté d’imprimer ». L’utopie littéraire se confondra alors, provisoirement, avec la consécration d’un véritable idéal juridique.

C’est encore ce sentiment profond que la presse de Gutenberg constitue « la révolution mère » que partage Victor Hugo dans Notre Dame de Paris, en 1832. Dans son célèbre roman médiéval, Victor Hugo nous décrit un archidiacre qui, en plein moyen-âge, fait part de son inquiétude devant les conséquences de la découverte, encore récente, de l’imprimerie. Désignant l’unique livre imprimé de sa cellule, ainsi que les tours de la cathédrale de Notre-Dame, l’archidiacre profère cette étrange sentence : « Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice». Victor Hugo s’arrête sur ces paroles pour en éclairer le double sens : « C'était d'abord une pensée de prêtre. C'était l'effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l'imprimerie… Cela voulait dire : La presse tuera l'église » et « C'était le pressentiment que la pensée humaine en changeant de forme allait changer de mode d'expression…que le livre de pierre, si solide et si durable, allait faire place au livre de papier… L'imprimerie tuera l'architecture ». Le lyrique écrivain explique que le manuscrit avait une « immortalité précaire », mais que « sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle est volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l'air. Du temps de l'architecture, elle se faisait montagne et s'emparait puissamment d'un siècle et d'un lieu. Maintenant elle se fait troupe d'oiseaux, s'éparpille aux quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l'air et de l'espace » [1].

En 1876, c’est au tour de Charles Renouvier de créer le néologisme « uchronie » pour raconter l’histoire, non telle qu’elle fut, mais telle qu’elle aurait pu être. Il imagine que l’extrême Orient a apporté au VIIIe siècle le « plus grand des bienfaits », « une découverte de l’ordre matériel qui devait avoir dans l’ordre moral une influence extraordinaire et un retentissement sans fin » : l’imprimerie. Cinq ans plus tard, l’article 1er de la loi du 29 juillet 1881 viendra, enfin, inscrire durablement dans notre législation : « L'imprimerie et la librairie sont libres ». Mais, alors que l’utopie semble devenue réalisable, elle va céder la place à d’inquiétantes dystopies.

1-2 La révolution des écrans

Au XXème siècle, la technologie perd de son aura. Les auteurs nous prédisent un bonheur insoutenable dans des sociétés entièrement dévolues à la sphère audiovisuelle. Plusieurs œuvres majeures prophétisent ainsi la disparition du livre papier dans des « utopies » leurres, mises en œuvre par un pouvoir autocratique. L’épigraphe du Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley explicite d’ailleurs remarquablement l’émergence de ces contre-utopies : « Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons devant une question bien autrement angoissante : Comment éviter leur réalisation définitive ?

Précurseur de ce mouvement littéraire contre-utopique, l’écrivain russe Ievgueni Zamiatine imagine dès 1920, dans Nous autres, un monde où les haut-parleurs clament un hymne quotidien à la gloire de l’Etat unique et où la lecture a disparu. Deux monuments littéraires ont cependant droit de cité : l’Indicateur des Chemins de fer et la Bible de Frederick Winslow Taylor, l’inventeur du management scientifique, institué le plus génial des anciens et qualifié de prophète qui a su regarder dix siècles en avant.

Clin d’œil d’Aldous Huxley à Zamiatine, dans Le meilleur des mondes (paru en 1931), seuls les livres écrits par Ford sont encore disponibles. Ainsi le fordisme, après le taylorisme, se voit-il érigé en norme d’une société de consommation sans auteurs et sans lecteurs. En effet, " on ne peut pas consommer grand-chose si l’on reste tranquillement assis à lire des livres ". Dans le meilleur des mondes, la lecture est présentée comme un plaisir solitaire, tellement pervers que les bébés reçoivent une décharge électrique dès qu’ils approchent des livres. Seuls les puissants qui ont érigé l’interdiction de la lecture possèdent encore de « vieux livres » et s’en vantent en ces termes : « comme c’est moi qui fait les lois ici, je puis également les enfreindre, avec impunité » [2].

C’est encore une société de consommation condamnant la lecture individuelle au profit des loisirs de masse que Ray Bradbury nous décrit dans Farenheit 451. La loi y charge un corps spécial de pompiers de brûler tous les livres. Parue en 1949, la fiction de Bradbury porte l’empreinte encore récente des autodafés organisés en Allemagne quelques mois après l’arrivée au pouvoir de Hitler [3]. Et Bradbury nous met à nouveau en garde : « Tout ça n’est pas venu d’en haut. Il n’y a pas eu de décret, de déclaration, de censure au départ, non ! La technologie, l’exploitation de la masse, la pression des minorités, et le tour était joué ». Il pointe du doigt la responsabilité des intellectuels qui ne se sont pas mobilisés et nous livre les motifs invoqués pour cette éradication de la lecture. Les livres provoquent des controverses et vexent les minorités dont ils parlent. La disparition des livres contribue à rendre les hommes égaux. Or, « on doit tous être pareils ». Comme en réponse à ces inquiétudes, l’'article 10 § 1 de la Convention européenne des droits de l’homme viendra un an plus tard consacrer l’idéal juridique d’un droit à la liberté d'expression. Et cette liberté d'expression, nous expliquera avec pédagogie la Cour européenne des droits de l’homme dans son célèbre arrêt de principe Handyside c. Royaume-Uni (rendu à propos de l’interdiction d’une livre) "vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'est pas de "société démocratique" [4].

Enfin, c’est au tour de Georges Orwell de nous décrire dans 1984 un pays fictif, Océania, dans lequel ne reste qu’une toute petite bibliothèque qui ne contient que des livres sans intérêt, autorisés par le commissariat aux romans, alors que la télévision omniprésente manipule et surveille les gens. Effectivement, dans 1984, la lecture, l’histoire et le langage subissent le même sort. Ils sont progressivement effacés, appauvris ou falsifiés par un ajustement à la politique du pouvoir totalitaire. Cette perte de repères historiques s’accompagne d’une perte de repères juridiques, l’absence du droit étant suppléée par le regard du tout puissant Big Brother.

Symboliquement, la portée de la décision précisément rendue pendant l’année 1984 par le Conseil constitutionnel, à propos de la loi visant à limiter la concentration et à assurer la transparence et le pluralisme des entreprises de presse, n’en apparaît que plus forte. Consacrant pour la première fois les droits du lecteur, le Conseil constitutionnel affirme que « l'objectif à réaliser est que les lecteurs qui sont au nombre des destinataires essentiels de la liberté proclamée par l'article 11 de la Déclaration de 1789 soient à même d'exercer leur libre choix sans que ni les intérêts privés ni les pouvoirs publics puissent y substituer leurs propres décisions ni qu'on puisse en faire l'objet d'un marché » [5]. Le Conseil constitutionnel complète ainsi la liberté de communication de l’émetteur par la liberté de communication du récepteur, consacrant de manière novatrice le droit à l'information du public en se plaçant du côté des destinataires de la liberté de communication.

Mais, dans les littératures de l’imaginaire, les droits des lecteurs vont bientôt être remis en question par deux autres révolutions technologiques majeures : l’introduction du numérique et des nanotechnologies. Ainsi s’amorce un retour vers le futur, annonçant l’ère nouvelle du livre-écran, voire du livre-vivant.

2 – Retour vers le futur : du livre-écran au livre-vivant
2-1 - Le livre écran

Le livre écran apparaît, sous différentes formes, dans de nombreux livres de science-fiction connus, à partir des années soixante. On songe, sans prétendre à l’exhaustivité, au livre-bobine et à la bible catholique orange décrits dans Dune par Frank Herbert en 1965, à la lecture électronique connectée en temps réel envisagée par Arthur C. Clarke en 1968, aux vidéo-livres imaginés dans Prélude à Fondation par Asimov en 1988 ou au livre contenant des puces électroniques décrit par Ben Bova dans Cyberbooks en 1989. Force est d’observer que ces livres « enrichis » ou « augmentés », ainsi qu’on les désignerait aujourd’hui, s’avèrent encore bien éloignés de la définition du livre numérique récemment consacrée par le législateur français. En effet, le 26 mai 2011, le législateur a fait le choix - qui semble bien passéiste - de ne s’intéresser qu’au livre numérique homothétique, sorte de fac-simile numérique du livre imprimé. Cette position très conservatrice trouve sa source dans un choix politique, celui d’assurer un système de prix unique et de taux de TVA réduit au livre numérique. Mais elle illustre également les difficultés sérieuses qu’éprouvent aujourd’hui les juristes à penser le changement de paradigme qui s’opère à travers le passage du livre-objet au livre-accès. Très emblématique de ce malaise, apparaît le contentieux qui oppose de manière frontale et récurrente la Commission européenne, qui analyse le marché du livre numérique comme un marché de services, à la France, qui persiste à l’analyser comme un marché de biens, afin d’instaurer un système plus favorable aux lecteurs.

Franchement avant-gardistes apparaissent, en comparaison, les préoccupations évoquées par Richard Stallman dans sa nouvelle Le Droit de lire, parue en 1997. Remarquablement courte et dense, cette dystopie se déroule dans un avenir où des technologies de contrôle de la copie sont employées pour restreindre la lecture des livres : partager un livre est un crime passible d'emprisonnement. Rédigée bien avant l’adoption généralisée des technologies de gestion numérique, la nouvelle suggère, de manière étrangement prophétique, le changement fondamental du statut du lecteur qui s’opère dans un environnement numérique, en décrivant les menaces de verrouillage d’accès aux œuvres et de procédés de traçage des lecteurs qui sont liées à « l’informatique de confiance ». En 2009, l’actualité viendra faire écho de manière très concrète aux préoccupations évoquées par Richard Stallman, lorsque les clients d’Amazon constateront que deux romans de Georges Orwell (dont le très symbolique 1984 ), qu’ils avaient pourtant achetés en toute bonne foi, ont été effacés d’autorité et à distance de leurs liseuses, grâce à ces mesures techniques de protection, pour des questions de droits d’auteur.

Suite à cette expérience-utilisateur désastreuse, plusieurs projets de déclarations des droits des lecteurs de livres numériques se sont efforcés d’énoncer les libertés fondamentales qui devraient être reconnues aux lecteurs, complétant ainsi la liste des dix droits imprescriptibles du lecteur déjà dressée par le romancier Daniel Pennac dans « Comme un roman » . Nombre des revendications figurant dans ces manifestes, portent sur le droit d’acquérir un droit de lecture pérenne et transférable (droit de lire sur n’importe quel support, droit de conserver son livre ou de le transmettre…), évoquant ainsi la question très sensible de la revente de biens culturels dématérialisés sur laquelle le Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique est actuellement chargé de réfléchir. Par ailleurs, le droit de rester un « lecteur invisible » figure également souvent en bonne place dans ces déclarations des droits du lecteur de livres numériques. En effet, l’utilisation des données personnelles des lecteurs permise par l’introduction des mesures techniques de protection soulève le problème nouveau du droit à la confidentialité dans les pratiques de lecture, problème fondamentalement lié au respect de la vie privée.

Déjà mise en question dans la nouvelle de Richard Stallman, la traçabilité du lecteur permise par le numérique est au cœur de la nouvelle de Cory Doctorow Scroogled (Engooglés). Dans cette fiction publiée en 2007, Cory Doctorow imagine que le service de l’immigration a la possibilité d’interroger toutes les recherches effectuées sur Google par les personnes désirant entrer sur le territoire américain. Force est bien d’observer, après les révélations de l’affaire PRISM, que la nouvelle de Cory Doctorow n’est pas si fantaisiste qu’il pouvait y paraître. L’annonce de l’affaire PRISM a eu pour effet d’augmenter en une seule journée de 6 000% les ventes du fameux 1984 de Georges Orwell sur Amazon…

Les préoccupations partagées par Richard Stallman et Cory Doctorow dans leurs nouvelles témoignent d’une véritable convergence de vues, inspirée par une philosophie commune, la culture du libre [7]. Les deux auteurs contribuent ainsi à populariser une culture du « copyleft » (gauche d’auteur), qui fait une part importante aux droits des lecteurs, et apparaît comme une forme d’utopie mise en acte. Imprégnant fortement les « digital natives », cette culture du libre marque également de son empreinte les littératures de l’imaginaire qui explorent, parallèlement à l’émergence du numérique, les risques de dérives du droit de la propriété intellectuelle. En 1982, Spider Robinson remporte le prix Hugo de la nouvelle courte pour Melancholy Elephants, en imaginant qu’une loi visant à accorder des droits d’auteurs à perpétuité aux héritiers est sur le point d’être votée. La nouvelle épouse le point de vue de la femme d’un auteur qui rend visite à un sénateur pour le persuader de voter contre cette loi qui signerait, au prix d’une mémoire d’éléphant, la mort de la culture. Life of the author plus seventhy de Kenneth Schneyer s’aventure également sur la question de la prolongation des droits d’auteurs dans un système où les écrivains pourraient être placés sous hibernation. Misspent Youthness de Jeff Baker nous conte l’histoire d’un inventeur qui créé une méthode de stockage de l’information tout à fait révolutionnaire et qui l’offre en open source au public, provoquant ainsi la chute du droit d’auteur. Les Hauts parleurs d’Alain Damasio extrapole les dangers d’une « Loi sur la Propriété du Lexique » qui a privatisé de fait le langage. A rebours de ce courant favorable à la culture du libre et à la protection du domaine public, s’inscrit le roman de K. W. Jeter Noir, qui institue comme héros un spécialiste de la lutte contre la contrefaçon qui traque les adolescents contrefacteurs pour extraire leur cerveau et le recycler dans divers produits de consommation courante.

Entre le plaidoyer en faveur d’un partage des œuvres avec le lecteur et le parti pris d’une riposte outrageusement violente à la violation des droits d’auteurs, la littérature de l’imaginaire n’échappe pas aux préoccupations qui se sont vivement exprimées en France à l’occasion de l’adoption de la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet. A cet égard, nul doute que la décision du Conseil constitutionnel de consacrer le principe de la liberté d’accès aux services de communication en ligne pour censurer le pouvoir de supprimer l’accès à Internet dévolu à une simple autorité administrative (l’HADOPI) ne s’inscrive dans un mouvement favorable aux droits du public, dont les lecteurs font naturellement partie [8].

Par ailleurs, la numérisation suscite chez les écrivains contemporains le renouvellement de questions liées à la protection du patrimoine culturel. Ainsi, en 2006, Rainbows end de Vernor Vingey décrit un monde où le livre papier ne sert plus que de décoration murale, une firme ayant lancé un projet de « bibliotome » visant à la numérisation de l’ensemble des livres produits par l’humanité tout au long de son histoire (cette numérisation impliquant la destruction physique des livres papiers numérisés). Toute ressemblance de la fiction avec la numérisation sauvage entreprise par Google Books ne saurait évidemment être fortuite. Le plus curieux reste certainement que, tout en prétendant lutter contre les velléités de cette numérisation massive opérée par Google, le législateur français ait fini par instituer son propre projet de « bibliotome », somme toute largement inspiré du système que Google cherchait à imposer [9].

Toujours en 2006, Hiro Arikawa lance sa célèbre série « Library Wars », qui connaîtra un vrai succès public. L’auteur imagine que, dans un Japon futur, une loi d'amélioration des médias a créé un comité chargé de confisquer toutes les publications porteuses d'influences négatives. Face au mécontentement croissant du public, une seconde loi de sauvegarde des bibliothèques a créé une formation paramilitaire de bibliothécaires. Une lutte politique, juridique et armée s'engage alors entre les deux formations pour prendre le contrôle des livres et médias indexés et assurer la pérennité d’un patrimoine culturel. Le plus remarquable est sans doute que la loi de sauvegarde des bibliothèques insérée dans la fiction reproduise, à l’identique, les propositions de loi - bien réelles – suggérées par l’Association des bibliothécaires japonais. Le juriste observera quant à lui que les préoccupations liées au droit du public d’accéder au patrimoine littéraire seront quelques années plus tard au cœur de l’arrêt Akdaş c. Turquie, qui a conduit la Cour européenne des droits de l’homme à consacrer pour la première fois la notion de « patrimoine littéraire européen », afin d’asseoir les droits du lecteur. En effet, dans l’arrêt Akdaş c. Turquie, la Cour affirme, à propos de la traduction en turc du roman érotique d’Apollinaire Les onze mille verges, que « la reconnaissance accordée aux singularités culturelles, historiques et religieuses des pays membres du Conseil de l'Europe, ne saurait aller jusqu'à empêcher l'accès du public d'une langue donnée, en l'occurrence le turc, à une œuvre figurant dans le patrimoine littéraire européen ».

Il reste naturellement à se demander comment la protection d’un patrimoine littéraire pourra, dans l’avenir, être assurée, alors que les littératures de l’imaginaire nous projettent dans un futur où le livre-vivant apparaît comme un livre en perpétuel devenir, intimement lié à son lecteur.

2-2  Le livre vivant

La connexion au cyberespace (terme apparu en 1982 dans une nouvelle de William Gibson intitulée Burning Chrome) et l’introduction des nanotechnologies annoncent dans les littératures de l’imaginaire de nouvelles interactions entre le livre et son lecteur. Faisant corps avec le lecteur, le livre est représenté métaphoriquement comme un organisme vivant, susceptible de se développer, selon les velléités du lecteur, grâce aux liens hypertextes. Et, comme tout organisme vivant, le livre devient naturellement sensible aux virus !

Ainsi, L'âge de Diamant ou Le Manuel illustré d'éducation pour Jeunes Filles écrit par Neal Stephenson en 1995 conte l’histoire d’une jeune héroïne qui va apprendre à lire puis à vivre grâce à un livre-mentor fabriqué à partir des nanotechnologies et connecté au réseau. Mais, conçu au départ comme une combinaison interactive (et donc personnalisée) d'objectifs éducatifs, émotionnels et cognitifs, le livre a été copié illégalement. Des copies bridées de ce livre ont été diffusées massivement auprès de jeunes filles. Ces copies piratées, qui ne proposent aucune médiation humaine, créent une armée de clones. S’ouvre ainsi une réflexion sur les dangers du formatage culturel, peut-être bienvenue à l’heure où la généralisation des MOOC (Massive Open Online Course) semble dessiner une nouvelle forme d’utopie éducative…

En 1998, la lecture interactive virtuelle (LIV) inspire à Christian Grenier « Virus L.I.V.3 ou la Mort des livres ». Dans un monde où un gouvernement de lettrés a interdit les écrans et décrété la lecture obligatoire, l’auteur nous décrit un virus redoutable qui efface les lettres des livres au fur et à mesure qu'on les lit et immerge le lecteur au cœur l'ouvrage, lui permettant de dialoguer avec les personnages du roman, de modifier l'action et changer la fin du récit. La question d’un droit pour les lecteurs d’influer sur le cours de la narration inspire surtout, à partir de 2004, la longue série littéraire Thursday Next. Jasper Fforde nous décrit un monde dans lequel le lecteur peut entrer dans les livres pour en modifier l'intrigue (via un note-de-bas-de-page-phone) et menacer d'en faire disparaître les personnages principaux. Jasper Fforde déploie toute son imagination pour décrire l’ordonnancement juridique complexe qui permet de remédier au chaos d’un monde livré aux lecteurs : un Conseil des Genres (organe législatif statuant sur les genres littéraires), une Jurifiction (police devant assurer, au sein des livres, la bonne continuité de la narration et le respect du style propre à l'auteur), une JurisTech (branche créant les outils technologiques nécessaires à la gestion du monde des livres). Rarement les considérations juridiques liées à la nécessité d’asseoir la stabilité d’un texte auront été si prégnantes que dans cette œuvre qui semble prendre en considération des préoccupations intimement liées à la transformation fondamentale des modes de publication sur Internet.

De fait, les questions soulevées par l’œuvre de Jasper Fforde ne sont pas sans évoquer les difficultés observées dans le domaine de la fanfiction. La fanfiction (ou fanfic) désigne la pratique de certains fans qui écrivent pour prolonger, amender ou même totalement transformer les livres qu'ils affectionnent. Ce genre littéraire, qui fait une place importante aux pratiques d’écriture communautaire, a explosé grâce à la démocratisation de la publication des contenus sur Internet. Il rencontre aujourd’hui un vif succès, matérialisé par le record d’édition de « Cinquante nuances de Grey » (série de fanfiction basée sur l'univers de Twilight et initialement publiée sur des sites internet). Mais, il est susceptible de soulever de sérieuses difficultés juridiques. En témoigne l’exemple de l’écrivain de science-fiction Marion Zimmer Bradley qui, après avoir encouragé la fanfiction sur son œuvre (et même publié plusieurs anthologies des œuvres de ses fans) a décidé de l’interdire, suite à un désaccord avec l’une de ses fans qui menaçait de l’attaquer pour plagiat (les deux protagonistes ayant semble-t-il chacune développé parallèlement les mêmes éléments de narration).

Le droit de lire peut-il trouver un prolongement dans le droit pour le lecteur de revisiter une œuvre en la réécrivant ? La question a déjà été soulevée à propos de la réécriture d’Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell. Aux Etats-Unis, la version parodique d’Autant en emporte le vent du point de vue d’une esclave métis (The wind done gone d’Alice Randall) n’a finalement été autorisée qu’après une transaction financière. En France, le roman La bicyclette bleue de Régine Desforges, racontant l’histoire de Scarlett du point de vue d’une jeune résistante française, a finalement, après de nombreux procès, échappé à la qualification de contrefaçon. Les juges ont considéré que les scènes, dialogues ou situations de La Bicyclette bleue, par leur composition et leur expression, s'intégraient dans une création originale. Ils ont également estimé que Régine Desforges, par des remerciements et des allusions, avait exprimé relativement à l'œuvre de Margaret Mitchell un témoignage satisfaisant à l'obligation de respect [10].

La question des droits des lecteurs à revisiter une œuvre, s’agissant non pas de sa transformation mais de sa prolongation, a également été soulevée à propos de la suite des Misérables de Victor Hugo imaginée par François Cérésa (Cosette ou le temps des illusions). La Cour de cassation a d’abord posé le principe que la liberté de création s'oppose à ce qu’un auteur (et ses héritiers ou ayants droit après son décès) interdise d’une façon générale que son œuvre fasse l’objet d’adaptation(s), une fois celle-ci tombée dans le domaine public [11]. Puis, la cour d'appel de Paris a eu la difficile tâche de déterminer si cette suite imaginaire portait ou non une atteinte caractérisée au droit moral (perpétuel, lui) de Victor Hugo [12]. Les juges ont accepté que François Cérésa puisse faire évoluer les personnages d’origine dans des situations totalement nouvelles, estimant que cela ne dénaturait pas pour autant l'esprit général de l’œuvre de Victor Hugo. A ce titre, ils ont même admis la résurrection de Javert (!) et accepté une transformation assez radicale des caractères de Cosette et de Marius.

On peut prendre le pari que le développement d’une écriture collaborative et interactive sera, dans un proche avenir, appelé à renouveler les interrogations soulevées par Jasper Fforde au sujet de la stabilité textuelle et par les juristes français au sujet de la question du droit moral de l’auteur. A cet égard, plusieurs expériences significatives ont commencé à se développer. Les fameux auteurs de science-fiction Greg Bear et Neal Stephenson (inventeur du concept de metavers, forme d’univers virtuel à la Second Life) ont commencé à organiser l'écriture de The Mongoliad, un roman-feuilleton interactif conçu sur le modèle d’une encyclopédie collaborative. Chris Crawford a travaillé sur Le Storytron, un logiciel auteur adapté à la création de personnages et de situations interactives. Et le géant du livre Amazon vient d’annoncer le lancement d'une nouvelle plateforme, Kindle Words, dédiée à la publication des fanfictions. Les juristes n’ont donc sans doute pas fini d’explorer les multiples questions liées aux rapports lecteur-auteur, avant peut-être, un jour, de devoir explorer celles des rapports liées à l’auteur et à ses personnages. Le roman de Masaki Yamada, Ada, imagine ainsi un monde quantique, dans lequel toute distinction entre virtuel et réel serait abolie, où Frankenstein pourrait partir à la rencontre de sa créatrice, Mary Shelley, pour lui reprocher de lui avoir donné une abominable vie éternelle. Les littératures de l’imaginaire ouvrent décidément sans cesse de nouvelles perspectives…

Conclusion :

Dès la naissance de l’imprimerie, les littératures de l’imaginaire ont discerné dans l’invention de Gutenberg une véritable révolution et contribué à faire éclore l’aspiration profonde à la reconnaissance d’un droit de lire, intimement lié aux libertés de l’esprit. Car, la lecture garantit à l’individu l’ouverture d’un espace mental au sein duquel il peut évoluer et s’émanciper. Elle permet de se forger une liberté d’opinion et, grâce au lien qui s’établit entre l’auteur et le lecteur, participe de la liberté de communication des pensées - dont on sait qu’elle représente, depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, un des droits les plus précieux de l’homme. A ce titre, le droit de lire a naturellement vocation à incarner un idéal juridique. Explorant plus avant cette relation intime qui unit le créateur d’une œuvre de l’esprit à son lecteur, les littératures de l’imaginaire se sont aussi intéressées aux évolutions susceptibles de la bouleverser. Exploitant le champ des possibles, délaissant le terrain du réel pour explorer celui du virtuel, elles se sont interrogées sur les mutations technologiques à venir (influence de la sphère audiovisuelle, passage du livre-objet au livre-accès, introduction des nanotechnologies…). Tout en imaginant les métamorphoses susceptibles de s’opérer dans notre rapport à la lecture, elles ont continué de questionner fondamentalement notre rapport à la norme, témoignant de ce que le droit est peut-être bien une des plus puissantes écoles de l’imagination [13].

Bibliographie
Monographie (ouvrage / livre) :

ARIKAWA Hiro, Library Wars, ASCII Media Works, 2010, ISBN : 978-2-7234-7433-7

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BRADBURY Ray, Farenheit 451, Ballantines Books, 1953

BRUSSOLO Serge, Les lutteurs immobiles, DENOEL, coll. Présence du Futur, n° 575, 2000, ISBN : 2-207-25064-4

DAMASIO Alain, Les Hauts® Parleurs®, 1984, http://juriscom.net/2004/12/nouvelle-les-hauts-parleurs/

DOCTOROW Cory, Scroogle (Engooglés), Radar, 2007, http://cfeditions.com/scroogled/

GRENIER Christian, Virus L.I.V.3 ou la Mort des livres, LDP Jeunesse, 2007, ISBN 2013224125.

FFORDE Jasper, L’affaire Jane Eyre, Fleuve noir, 2004. HUGO Victor, Notre Dame de Paris, (1832)

HUXLEY Aldous, Brave New World (Le meilleur des mondes), Chatto and Windus, (1931)

MERCIER Louis-Sébastien, L’an 2440 ou Rêve s’il en fut jamais, (1770)

MORE Thomas, L’utopie ou Le Traité de la meilleure forme de gouvernement (1516)

ORWELL Georges, 1984 (Nineteen Eighty-Four), Secker and Warburg, (1949)

RABELAIS, La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme (1534).

RENOUVIER Charles, Uchronie (l’utopie dans l’histoire) : esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne tel qu’il n’a pas été, tel qu’il aurait pu être... (1876).

STALLMAN Richard, Le droit de lire (1997) in Olivier Blondeau , Libres enfants du savoir numérique, Editions de l'Éclat,| Hors collection 2000, page 23 ; http://www.gnu.org/philosophy/right-to-read.fr.html

STEPHENSON Neal, L'âge de Diamant ou Le Manuel illustré d'éducation pour Jeunes Filles, traduit de l'américain par Jean Bonnefoy, Éditions Payot -Rivages, coll. « Rivages/Futur », 1996.

VINGE Vernor, Rainbows end, traduit de l'anglais par Patrick Dusoulier, éd.Robert Laffont, coll. Ailleurs et Demain, juin 2007, 456 pages (ISBN° 9782221108468)

VOLTAIRE, De l’horrible danger de la lecture (1765)

YAMADA Masaki, Ada, Actes Sud Littérature, Exofictions, traduit du japonais par : Anne REGAUD-WILDENSTEIN (ISBN 978-2-330-03041-4 2014). .

ZAMIATINE Ievguine, Nous autres, 1920

Sites Web

www.actusf.com/

www.cafardcosmique.com/

www.lafeuille.blog.lemonde.fr 


[1] Clin d’œil de l’histoire, cette précarité du manuscrit avant l’imprimerie est également au cœur d’un autre roman médiéval qui connaitra lui aussi un vrai succès populaire au XXe siècle : «  Le nom de la rose »d’Umberto Ecco. L’auteur y imagine le destin tragique du second tome de la Poétique d’Aristote, exemplaire unique d'un texte potentiellement subversif sur l'humour et le rire, ce livre blasphématoire entraînant de nombreuses morts violentes avant que d’être détruit dans l’incendie d’une bibliothèque.

[2] La même logique est à l’œuvre dans le très beau roman « La servante écarlate » de la canadienne Margaret Atwood, qui porte à son paroxysme cette représentation de la lecture comme plaisir interdit. Dans une société où presque tous les livres ont été brulés, où la lecture a été interdite, et où les hommes se voient attribuer des servantes sexuelles chargées de la reproduction de l’espèce, un commandant convoque sa servante sexuelle pour lui proposer simplement de la regarder lire, à l’abri des regards. Cet acte subversif, pour elle de lire et pour lui, représentant de la loi, de la regarder lire, leur fait encourir à tous les deux la peine suprême. 

[3] Parmi les dizaines de milliers de livres publiquement jetés au bûcher dans cette Allemagne nazie figure l’œuvre de Heinrich Heine qui, dans sa tragédie Almansor parue en 1821, prophétisait de manière terrifiante cette horreur devenue réalité : « Là où l'on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes" ».

[4] CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c. Royaume-Uni, n° 5493/72.

[5] Conseil constitutionnel, Décision n° 84-181 DC du 11 octobre 1984.

[6] Il s’agit des dix droits suivants : le droit de ne pas lire ; le droit de sauter des pages ; le droit de ne pas finir un livre ; le droit de relire ; le droit de lire n'importe quoi ; le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible) ; le droit de lire n'importe où ; le droit de grappiller ; le droit de lire à haute voix ; le droit de nous taire.

[7] Avant d’être un auteur (qui n’a du reste produit qu’une seule nouvelle), Richard Stallman est un programmeur informatique renommé, à l’origine de la licence publique générale GNU, qui a contribué à diffuser la culture du logiciel libre. S’inscrivant dans le sillage de cette philosophie du partage, Cory Doctorow travaille pour l'organisation Creatives commons et publie tous ses écrits, non seulement dans le circuit conventionnel, mais également sous cette licence libre.

[8] Conseil constitutionnel, Décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009.

[9] La loi du 1er mars 2012 « relative à l'exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle » a, en effet, mis en place un mécanisme de gestion collective de livres encore protégés par les droits d’auteurs et qui ne sont plus exploités commercialement, consacrant un système d’autorisation implicite de l’auteur (l’opt out), qui faisait précisément l’objet des critiques déployées à l’encontre de Google Books. Le Conseil constitutionnel a finalement considéré que le but d’intérêt général poursuivi (accès à la culture et pérennité des œuvres) permettait d’écarter le grief tiré de la violation du droit de propriété intellectuelle, puisque l’auteur peut à tout moment s’opposer à la reproduction s’il la juge contraire à son honneur et à sa réputation (Décision n°2013-370 QPC du 28 février 2014). Le système consacré révèle néanmoins un dispositif en rupture profonde avec les principes traditionnels du droit d’auteur.

[10] Civ. 1, 4 février 1992, pourvoi n° 90-21630.

[11] Civ 1e, 30 janvier 2007, Bull. civ., I, N° 47, p. 41, pourvoi n° 04-15.543.

[12] CA Paris, 4e ch., sect. B, 19 déc. 2008, SGDL et P. Hugo c/ SA Plon et F. Cérésa : JurisData n° 2008-006046.

[13] La citation exacte de Jean Giraudoux est la suivante : « Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination. Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité », La guerre de Troie n’aura pas lieu (1985)


Auteur

Florence CHERIGNY
Maître de Conférences (HDR) 
Centre d'Etudes sur la Coopération Juridique Internationale (CECOJI) - FRE 3500
Faculté de Droit et des Sciences sociales de Poitiers


Citer cet article

Chérigny F. (2014). Le droit de lire dans les littératures de l'imaginaire. Réflexions d'une juriste sur le renouvellement d'une utopie littéraire. Actes de la 6ème édition du COSSI "L'utopie de la communication", 17-19 juin 2014 - IAE de Poitiers, France.


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