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Internet, la démocratie numérique et la révolution tunisienne: entre utopies, mythes et réalités

Khaled Zouari

Résumé : En sciences de l’information et de la communication (SIC), le débat autour de la problématique du cyber révolution arabe est loin d’être tranché. Un certain nombre d’auteurs défend la thèse de l’utopie de la communication et les mythes de la révolution populaire numérique, d’autres examinent cette question en s’intéressant aux logiques économiques et politiques et en remettant en cause l’idée selon laquelle internet est un outil déclencheur de la révolution. De notre côté, et sans vouloir inscrire notre analyse du printemps arabe dans une temporalité courte, notre contribution porte sur l’utopie de la communication (Breton 1992), les mythes et les réalités de la révolution arabe, le cyber activisme (Blondeau et Allard 2007) et la démocratie électronique (Cardon 2010). Nous essayerons de traiter ce sujet à travers l’étude d’un contexte particulier : la révolution tunisienne de 2011 (Zouari 2014).
 

Mots clés : communication, utopie, web, révolution tunisienne, démocratie numérique.

Introduction

Le déclenchement d’un cycle de manifestations et soulèvements populaires inédit dans les pays arabes n’a pas seulement secoué et ébranlé les fondements et les pratiques politiques mais il a sérieusement posé un certain nombre de questions sur le rôle exact d’internet et du web social dans ces vagues protestataires et le développement du cyber activisme dans le monde arabe. Toutefois, le débat sur cette question au sein des sciences de l’information et de la communication est loin d’être tranché et cette question continue à être discutée. Un certain nombre d’auteurs, inscrivant leurs analyses dans les paradigmes et courants de recherche sur l’utopie de la communication électronique, défendent l’idée de la révolution populaire numérique, d’autres adhèrent à une approche qui prend en considération les logiques économiques et politiques et remettent en cause le rôle d’internet comme outil déclencheur de la révolution. De notre côté et sans vouloir inscrire notre analyse dans une perspective déterministe (Lévy 1994) ou une temporalité courte, notre contribution porte sur l’utopie de la communication (Breton 1992), les mythes et les réalités de la révolution, le cyber activisme arabe (Mihoub 2011, Zouari 2014, 2013) et la démocratie électronique (Cardon 2010). Nous essayerons d’aborder cette question à travers l’étude d’un contexte particulier : la révolution tunisienne[1], connue aussi sous les termes de révolution du jasmin, printemps arabe, ou révolution « 2.0 ». Notre problématique gravite autour des questions suivantes : quelles sont les principaux usages de l’internet durant le printemps arabe? Peut-on dire qu’internet, outil de communication en temps réel, (Lévy 1994) a accéléré le processus révolutionnaire en Tunisie ? Le printemps arabe obéit-il à des logiques sociales, économiques et politiques ou bien à des logiques technicistes ? Peut-on dire que l’utopie de la communication, les promesses de la démocratie électronique trouvent (ou non) un sens dans le cadre de la révolution tunisienne ? Pour répondre aux différentes questions de recherche que nous avons citées dans les lignes précédentes, nous présenterons quelques résultats d’une recherche exploratoire basée sur une enquête de terrain sur le rôle des TIC dans la révolution tunisienne de 2011[2].

Au niveau du plan de cette communication, notre réflexion s’organise autour de deux parties : nous aborderons dans une première partie le rôle d’internet dans la révolution tunisienne et le cyber-militantisme en Tunisie. Nous terminerons par une deuxième partie qui présentera quelques données théoriques et empiriques nous permettant de relativiser l’effet des TIC dans le printemps arabe et la transition politique en Tunisie[3].

I. Éléments d’analyse pour questionner et comprendre le rôle exact d’internet dans la révolution tunisienne

Nous notons dès le départ que notre objectif n’est pas d’attribuer le succès de la révolution tunisienne seulement aux cyber-activistes mais de saisir la contribution de ces groupes protestataires crées à partir du web social et plates formes numériques d’informations et de communication dans le soulèvement arabe. Pour mieux préciser notre approche de départ, un certain nombre de questions mérite une précision : suite à la révolution arabe qui a touché plusieurs pays arabes peut-on encore critiquer l’usage des blogs, de Facebook et de twitter à des fins de cyber militantisme[4] ? Suite à la diversité des travaux scientifiques portant sur le cyber activisme arabe, le rôle de blogosphère, de Daily motion, de You Tube et de la téléphonie mobile dans le soulèvement tunisien et l’ampleur de la couverture médiatique du printemps arabe, peut-on encore ignorer ou sous-estimer le rôle réel des TIC dans les vagues protestataires et la chute des régimes politiques arabes ? La réponse à ces questions quelques questions sera donnée dans les différentes parties de notre contribution.

1. TIC et révolution tunisienne : le cyber militantisme comme art de résistance face à la dictature

 

Nous étudierons dans ces paragraphes les arts de résistance à travers le concept du cyber militantisme. Le sociologue Romain Lecomte a étudié la « cyber-dissidence tunisienne » à travers l’exemple de la blogosphère et reconnait le rôle important des TIC dans la reconfiguration de l’espace public en Tunisie. Il note que l’usage des plates formes de communication en ligne (les blogs), en tant qu’espaces virtuels difficile à contrôler, participe à l’émergence « de nouvelles voix discordantes » (Lecomte 2009, p. 1) et d’un espace public virtuel et « anti langue de bois » (Lecomte 2009, p. 1). De son côté, Samia Mihoub a étudié « le cyber militantisme à l’heure de la révolution tunisienne » (Mihoub 2011, pp. 17-37). Elle parle de « fortes velléités de résistance ainsi qu’une forte répression ». (Mihoub 2011, p. 17). A travers cette analyse, nous notons qu’Internet et les outils du web social constituent indéniablement des outils de communication sociale qui entrainent une reconfiguration des liens sociaux et qui accompagnent les processus transitoires dans les pays touchés par le soulèvement populaire. Ces technologies de communication facilitent la mise en relation des individus et des militants dispersés dans plusieurs villes tunisiennes et dans plusieurs coins du monde (la diaspora) et entrainent le développement du cyber militantisme. Des sites comme  Takriz, kalima, tunezine, nawaat, ou le collectif protestataire Tunisian Anonymous sont des exemples qui illustrent le cyber militantisme tunisien (Mihoub 2011).  Cette idée centrée sur le cyber activisme arabe trouve un écho dans le cadre de notre analyse. En effet, 59% des personnes interrogées indiquent avoir rarement entendu parler de l’existence des personnes qui militent contre Ben Ali en utilisant le web. La raison avancée par quelques personnes est la suivante : « Internet été censuré par la police politique. La surveillance est toujours là. Il faut faire attention lorsque vous entrez dans un cyber café. Nous sommes tous au courant de l’affaire des pauvres internautes de Zarzis »[5]. Un autre interviewé Selim ajoute : « surfer sur des sites dits interdits entraine une poursuite de l’appareil policière de Ben Ali. Je ne veux pas risquer ma vie ou poser des ennuis à ma famille »[6]. Aborder ce sujet pour ces individus été un vrai tabou durant la période de gouvernance de Ben Ali. Hors la révolution tunisienne a libéré les esprits et a permis aux tunisiens de résister face à la dictature. Ces personnes indiquent avoir pris part à la révolution en utilisant internet mais aussi en militant sur le terrain puisque « la question de faire dégager et pourchasser le système policier et corrompu de Ben Ali été l’affaire de tous les tunisiens. C’est pourquoi nous avons lutté avec tous les moyens, par internet et physiquement » comme l’indique Ahmed[7].

De manière globale, le web social a aidé les activistes à créer des actions de mobilisation en ligne qui ont accompagné le développement de la lutte physique sur le terrain qui ne date pas du printemps arabe mais au soulèvement de Gafsa en 2008. Sur le plan de l’activisme de terrain, nous citons les manifestations de rue qui ont commencé à Sidi Bouzid suite à l’immolation de Bouazizi, les mouvements de grève, l’occupation des bâtiments publics (comme le gouvernorat) par des manifestants, la multiplication des slogans anti régime comme « Ben Ali Dégage ». Sans adhérer à la thèse de l’effet instantané et en temps réel des technologies de l’information et de la communication sur les pratiques de lutte populaire, nous pouvons dire que l’usage des médias numérique peut faire évoluer les modes de contestation et de revendication mais qui ne remplace pas les luttes physiques et sur le terrain. Internet est pensé comme une plateforme de communication investi par des publics alternatifs de l’opposition. Nancy Fraser qualifie ces publics alternatifs de « contre publics subalternes dans le sens où ils forment des arènes discussives parallèles dans lesquelles les membres des groupes sociaux subordonnés élaborent des contre discours, ce qui leur permet de fournir leur propre interprétation de leurs identités, de leurs intérêts et de leurs besoin »[8].

2. Le rôle mobilisateur des réseaux sociaux dans la révolution tunisienne

Dans ces paragraphes nous aborderons la participation à la mobilisation dans un contexte de censure et de répression. En effet, l’enchainement des évènements depuis l’immolation du martyre de la Tunisie Mohamed Bouazizi a provoqué une série de manifestations à laquelle les cyber-activistes ont pris part pour renforcer leurs positions. Nos discussions avec les personnes participantes à notre étude révèlent la diversité des actions menées et dont internet (Facebook, Daily motion, You tube), et la téléphonie mobile ont joué un rôle important. Au niveau des principaux usages des outils numériques, nous notons la production, la diffusion et la mise à disposition des informations, la mobilisations des foules et la sensibilisation à travers les messages postés en temps réel, l’organisation et la mise en place des itinéraires des manifestations des rues en utilisant internet, la communication des noms et adresses des bâtiments publics à occuper, la mise en scène et la moquerie de la famille de Ben Ali et des membres de son parti le RCD en utilisant la caricature et le messages de mobilisation. Le premier aspect retenu par les personnes participantes à notre enquête sur la place d’internet dans la révolution tunisienne est donc les notions demobilisation, de communication, de couverture des événements et de médiatisation des manifestations. Cette idée est défendue par 85% des personnes interrogées. Ces notions sont associées aux finalités d’internet et font référence aussi aux usages fréquents d’internet par les cyber-activistes même avant la chute de l’ex Président Ben Ali le 14 janvier 2011. Selon les réponses obtenues, 55,5% des personnes interrogées affirment que l’outil internet a aidé les activistes à créer une mobilisation autour des évènements : « nous n’avons pas d’autres moyens pour communiquer que d’utiliser internet pour faire connaitre les revendications en Tunisie et à l’étranger »[9]. Ces personnes considèrent en effet le web social un facteur important pour s’organiser et défendre les revendications des révolutionnaires. En effet, la production et la mise à disposition sur YouTube et Daily motion des vidéos amateurs (fournies par les téléphones portables) et la production des messages ont facilité la circulation des appels à manifester lancés par les militants. A travers l’analyse des discours des personnes participantes à l’enquête, nous considérons que le rôle exact d’internet peut être considéré comme un rôle d’accompagnement des pratiques de lutte physique. Nous expliquerons cette idée dans la deuxième partie de notre article.

3. Internet comme outil d’information et de communication autour de la révolution tunisienne

Parmi les informations produites et diffusées par les internautes nous citons les messages numériques diffusés depuis l’étranger et en Tunisie qui invitent la jeunesse et les citoyens à combattre le régime de Ben Ali. Selon Ahmed, « Internet, réseaux sociaux et blogosphère nous ont permis de contourner un espace médiatique marqué par la censure et dominé par un  discours de propagande. Les journalistes : c’est nous les citoyens ordinaires » [10].Pour un autre participant le web social a effectivement « facilité la circulation de l’information à l’intérieur et à l’extérieur de la Tunisie » [11]. Suite au suicide de Bouazizi, des vidéos ont circulé sur Internet à partir du 17 décembre 2010 montrant des manifestations des citoyens de Sidi Bouzid, et les affrontements entre des citoyens et la police. Ces vidéos amateurs ont été repris et relayés par des médias transnationaux comme France24, Aljazeera, Alarabiya. Suivant les analyses faites par les chercheurs sur la question d’espace public arabe (Lecomte 2013, Zouari 2014) on peut dire que notre travail permet de conforter l’idée de départ selon laquelle les pratiques médiatiques sur internet offrent la possibilité de concevoir un discours médiatique nouveau et différent de celui pratiqué par les journalistes de la presse ou la Télévision tunisiennes à l’ère de Ben Ali. La majorité des personnes sondées (42/50) pensent qu’internet offre la possibilité de réhabiliter le discours et les pratiques médiatiques en Tunisie mais que la lutte sur le terrain reste une meilleure solution pour affaiblir les régimes autoritaires et revendiquer les droits.

II. Révolution tunisienne, cyber activisme et TIC : internet ne crée pas la révolution mais accompagne le changement socio-politique

Abordant la problématique du web social dans le contexte du printemps arabe, le cyber militantisme et s’intéressant aux mouvements sociaux qui se développent et exploitent les potentialités d’internet[12], nous pouvons avancer selon laquelle la technologie internet joue un rôle susceptible de favoriser la construction d’un espace public et accompagner la lutte sur le terrain. Toutefois nous pensons aussi qu’il existe d’autres facteurs qui expliquent le souhait de changement dans le cadre de la Tunisie révolutionnaire et qui méritent d’être pris en considération. Nous expliquerons cette idée et vérifierons cette hypothèse tout au long de notre contribution.

1. La révolution tunisienne médiatisée par les TIC : mythes ou réalité ?

A partir de cette analyse, nous pouvons proposer une synthèse théorique et empirique nous permettant de conceptualiser le changement socio-politique à partir du cas tunisien en s’intéressant aux enjeux, mythes et réalités du cyber révolution et du militantisme politique et les transformations du monde arabe post révolution de manière globale. Dans le cadre de la révolution tunisienne, internet permet de dépasser et franchir les limitations des médias traditionnels tunisiens qui étaient des médias sous l’emprise du pouvoir en place. Même si Evgeney Morozov[13] a souligné l’importance du contrôle du net dans ses travaux, la configuration du web interdit toute censure totale. En effet, les activistes tunisiens ont utilisés des outils tels que les blogs, Facebook, twitter etc… pour faire entendre leurs voix et faire partager leurs revendications, mais et comme le souligne une des personnes particpantes à l’enquête nommée Hamza, « la révolution tunisienne est le résultat d’un sentiment d’injustice, de dictature du pouvoir, de ras-le-bol des citoyens tunisiens, jeunes et adultes »[14]. Citant aussi et à maintes reprises l’exemple du soulèvement populaire du bassin minier de Gafsa, que Larbi Chouikha et Vincent Geisser ont étudié à travers un article paru dans la revue l’Année du Maghreb en 2010 les personnes interrogés pensent que cette première révolution a motivé les « bouzidistes »  pour se révolter contre Ben Ali. A titre d’exemple, 60% des personnes indiquent que « la révolution est le résultat de l’injustice sociale et du chômage »[15] même s’ils reconnaissent le rôle joué par le web social, internet, la téléphonie mobile et les médias transnationaux. Nous avons abordé à travers des éléments théoriques et empiriques l’apport exact des TIC et de l’internet dans la révolution tunisienne. Les résultats de notre étude nous permettent de retenir plusieurs idées qui constituent des pistes de réflexion utiles pour comprendre les limites de l’utopie de la révolution numérique et l’utopie de la communication numérique de manière générale. Même s’il reconnait l’apport exact des TIC dans la mobilisation sociale et politique en Tunisie, Yves Gonzalez Quijano, de son côté, relativise l’impact direct des TIC sur la révolution arabe. Selon lui : « il faut par conséquent considérer avec beaucoup de prudence le rôle des nouvelles technologies dans les révoltes qui enflamment la jeunesse du monde arabe depuis l’hiver dernier, tant il est vrai que les réseaux sociaux ne font pas à eux-seuls les révolutions. On peut certainement leur reconnaître une importance dans les phases de mobilisation et même d’organisation de ces soulèvements»[16].

2. Relativiser l’idée de l’utopie du cyber révolution et se focaliser sur les logiques économiques et politiques du printemps tunisien

En ce qui nous concerne et sans ignorer le rôle exact des TIC comme outils d’accompagnement des processus révolutionnaires, les résultats de notre étude montrent que l’idée d’une révolution populaire Facebook, ou d’une révolution populaire « web 2.0 » est à observer dans le temps long. Les conditions sociales et économiques sont les vraies causes du soulèvement populaire en Tunisie voire dans les autres pays arabes comme la Lybie, la Syrie ou le Yémen et l’Egypte. Le « web 2.0 » vient accompagner ou accélérer la révolution mais cet outil de communication électronique ne peut être considéré comme un outil magique pour incarner une démocratie arabe et expliquer correctement la révolution tunisienne. En effet, dans les cas de la révolution en Lybie ou la révolution au Yémen par exemple les TIC ont joué qu’un rôle mineur voir marginalisé. Pour nous, d’autres raisons politiques, économiques, sociales (Gonsalez-Quijano 2011, Allal et Pierret 2013) justifient correctement et légitimement le souhait de changement du régime de Ben Ali en Tunisie. Ainsi et pour terminer, nous reviendrons sur les conclusions de Vincent Geisser qui note que le processus d’affaiblissement ou de « fissuration des régimes autoritaires n’a pas commencé avec le printemps arabe de 2010-2011 » (Geisser 2012, p. 2). Il suffit aussi de faire une lecture approfondie des écrits universitaires sur le sujet du printemps tunisien et sur la question de la nature des régimes politiques au Maghreb et au Machrek pour comprendre « l’effritement lent mais certain des bases de légitimité des régimes autoritaires héritées de la période développementaliste »[17]. Le même auteur ajoute « les actes d’insoumission relevées au fil de l’actualité ne pouvaient plus être interprétées comme de simples mouvements d’humeur, mais comme des coups de butoir portés à la légitimité populaire de ces régimes »[18]. Et pour finir nos propos, nous notons que face à l’autoritarisme politique, la censure, la violence et la corruption policière la révolution tunisienne s’inscrit dans un cadre de « désobéissance civile » totale décrit par Hannah Arendt  (Arendt 1972, pp. 55-111) qui ne date pas de l’avènement des réseaux sociaux mais qui trouve ses racines dans une longue histoire de dictature et d’inégalité de partage des richesses entre les différentes régions de la Tunisie (Allal et Pierret 2013, Zouari 2014).

Conclusion

Les conclusions présentées dans cette contribution montrent que si les outils de communication numérique ne sont pas la cause première de la révolution arabe[19], ils ont permis aux activistes tunisiens de mobiliser les foules, de médiatiser leurs actions et exprimer leurs désaccords avec le pouvoir de Ben Ali. Pour conclure cette contribution, nous finirons à travers une idée défendue par Larbi Chouikha qui dit que « la configuration de l’espace public, la situation des médias et des journalistes, l’évolution du pays dans son ensemble, se caractérisent par leur caractère exceptionnel dans l’histoire de la Tunisie indépendante. A cet égard, il serait hasardeux de faire des prédictions tant la situation est imprévisible et pleine de surprises » (Chouikha 2014, p. 20). Partant de cette piste, il nous semble judicieux et pertinent de repenser la révolution tunisienne sur le temps long et non sur le temps court pour observer et mieux comprendre les discours contradictoires autour du processus et mécanismes d’affaiblissement et de chute des régimes autoritaires (exemple la révolution syrienne qui n’est pas encore achevée) et replacer les discours sur l’utopie de la communication numérique dans un contexte qui prend en considération les logiques sociales de la communication et des médias. 

Bibliographie

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Blondeau, O. et al. L’activisme sur Internet, entre défection et expérimentation. Éd. Amsterdam, 2007.

Breton, PH. L’utopie de la communication : Le mythe du « village planétaire ». série Essai la découverte, 2004.

Cardon, D. La démocratie Internet : promesses et limites. Paris, Seuil, 2010.

Chouikha, L. « De l’étatisation à l’amorce d’un processus de désétatisation de l’information : processus irréversible ou une « éclaircie » en plus ? ». Colloque international le changement entre stratégies médiatiques et pratiques communicatives citoyennes, Agadir-Maroc, avril 2014.

Chouikha, L. et al. « Retour sur la révolte du bassin minier. Les cinq leçons politiques d’un conflit social inédit ». Année du Maghreb, VI/2010 sexe et sexualités au Maghreb. Essais d’ethnographies contemporaines, CNRS éditions, 2010. http://anneemaghreb.revues.org/923.

Fraser, N. « Repenser l’espace public : une contribution a la critique de la démocratie réellement existante ». Ou en est la théorie critique?, Renault E. et Sintomer Y. (dir), Paris, La Découverte, 2003.

Gonzalez Quijano,  Y. « Arabités Numériques. Le printemps du Web arabe ». Sindbad, 2012.

Gonzalez Quijano, Y. « Les « origines culturelles numériques », des révolutions arabes », http://cpa.hypotheses.org/2484.

Geisser, V. « les protestations populaires à l’assaut des régimes autoritaires : une révolution pour les sciences sociales ». Année du Maghreb, Dossier recherche VIII | 2012, un printemps arabe? http://anneemaghreb.revues.org/1079.

Lecomte, R. « Internet et la reconfiguration de l’espace public tunisien : le rôle de la diaspora », tic & société, 3, 1-2, 2009. http://ticetsociete.revues.org/702.

Lévy, P. L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace. Paris : La découverte, 1994.

Mihoub, S. « Le cyber-activisme à l’heure de la révolution tunisienne », Archivio Antropologico Mediterraneo 2, 13 (2011). http://www.archivioantropologicomediterraneo.it/riviste/anno_XIIXIII_2011_13_2.pdf.

Morozov, E. The net delusion. The Dark side of internet. Public affairs 2011.

Zouari, K. « Le rôle et l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la révolution tunisienne ». Hermès, 64, 2013.

Zouari, K., « Espace public Habermassien en Tunisie Post révolution : Médias, TIC et pratiques communicationnelles et citoyennes ». Colloque international le changement entre stratégies médiatiques et pratiques communicatives citoyennes, Agadir-Maroc, avril 2014.


[1] Zouari, K. « Le rôle et l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la révolution tunisienne », revue Hermès n°64, 2013.

[2] Pour les besoins de cette recherche, nous nous sommes appuyés sur une enquête auprès de 50 personnes en avril 2011, dans les villes de Zarzis et de Sidi Bouzid en Tunisie (c’est dans cette dernière ville que s’est brûlé vif Mohamed Bouazizi. Cette étude a été réalisé dans des cyber-cafés (connus en Tunisie sous le nom publinet) et des conversations informelles dans des cafés avec ces personnes âgées entre 18 et 45 ans (des hommes et des femmes, 10 travailleurs et fonctionnaires, 20 jeunes diplômés et étudiants, 20 chômeurs). Les interviewés qui se considèrent comme des cyber-activistes ayant participé à la révolution nous ont demandé de garder l’anonymat. Seul le prénom sera indiqué.

[3]Zouari Khaled, « Espace public Habermassien en Tunisie Post révolution : Médias, TIC et pratiques communicationnelles et citoyennes », in : actes du colloque le changement entre stratégies médiatiques et pratiques communicatives citoyennes,  (Amsidder, Toumi, Daghmi sous-direction) université ibn zohr Agadir, avril 2014, pp. 326-335.

[4] Olivier Blondeau, Laurence Allard, L’activisme sur Internet, entre défection et expérimentation, éd. Amsterdam 2007.

[5] Enquête avril 2011.

[6] Enquête avril 2011.

[7] Enquête avril 2011.

[8] Fraser, N., « Repenser l’espace public : une contribution a la critique de la démocratie réellement existante », in : Ou en est la théorie critique? , Renault E., et Sintomer Y. (dir), Paris, La Découverte, 2003, p.119.

[9] Enquête avril 2011.

[10] Enquête avril 2011.

[11] Enquête avril 2011.

[12] Pour mieux comprendre le cyber activisme tunisien avant durant et après la révolution tunisienne voir l’article de Samia Mihoub, « Le cyberactivisme à l’heure de la révolution tunisienne », in: Archivio Antropologico Mediterraneo 2,13, 2011, pp.17-31.
En ligne :http://www.archivioantropologicomediterraneo.it/riviste/anno_XIIXIII_2011_13_2.pdf

[13] Evgeney Morozov, the net delusion. The Dark side of internet. Public affairs 2011.

[14] Enquête avril 2011.

[15] Enquête avril 2011.

[16] Gonzalez Quijano  Yves «  Arabités Numériques – Le printemps du Web arabe » Sindbad, 2012, 192 pages. Voir aussi l’article du même auteur intitulé « La jeunesse arabe et les nouveaux réseaux de la mondialisation : de la sous-culture globalisée à la contre-culture révolutionnaire ? » en ligne : http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/61/49/87/PDF/jeunesseafkarOk.pdf (consulté le 25 mai 2104)

[17] Geisser Vincent, « les protestations populaires à l’assaut des régimes autoritaires : une révolution pour les sciences sociales », Année du Maghreb, printemps arabe. Des révolutions pour les sciences sociales, p.2.

[18] Geisser Vincent, op cit, p.2.

[19] Zouari, K. « Le rôle et l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans la révolution tunisienne », revue Hermès n°64, 2013.


Auteur

Khaled ZOUARI
Maître de conférences en Sciences de l'Information et de la Communication
Communication et solidarité (EA 4647)
Université Blaise Pascal Clermont Ferrand 2


Citer cet article  

Zouari, K. (2014). Internet, la démocratie numérique et la révolution tunisienne: entre utopies, mythes et réalités. Actes de la 6ème édition du COSSI "L'utopie de la communication", 17-19 juin 2014 - IAE de Poitiers, France.


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