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Rôles des technologies de l’information de la communication dans l’établissement du contact direct avec les citoyens : Bref aperçu de l’administration électronique en Afrique

Kondi Napo Sonhaye 

Résumé : Avec l’évolution des systèmes d’information, les administrations publiques et certaines institutions commencent à se doter d’outils qui facilitent les échanges et la communication entre administrateurs, états ou organisations et administrés, citoyens ou usagers. Une nouvelle utopie naissante voit le jour. C'est la démocratie numérique. L'Afrique souvent à la traine de la technologue émerge et construit sa propre avancée. Un véritable processus de transformation de l’administration traditionnelle en administration électronique commence par voir le jour en Afrique grâce aux Technologies de l'Information et de la Communication (TIC).
 

Mots clés : administration électronique, dématérialisation, gouvernance électronique, démocratie numérique, TIC.

Introduction

La traçabilité du bétail grâce aux micro-technologies, des entreprises qui fusionnent en 60 minutes, des étudiants qui reçoivent leurs résultats d’admission par SMS… On pourrait penser que nous parlons du Canada, de la Finlande ou d'un autre pays occidental développé. Mais en fait tout ceci se produit en Afrique, plus spécifiquement au Botswana, au Cap Vert et au Ghana, respectivement. Et ces initiatives sont justes un échantillon de ce qui se produit sur le continent, en mettant la technologie au service des citoyens et rendant des processus plus efficaces et responsables. C’est ce que nous entendons généralement par administration électronique. 

Comme nous pouvons le voir dans ces exemples, l'administration électronique ne concerne pas seulement les pays « riches  » - ses avantages pour les pays moins développés sont significatifs. Dans les dernières décennies, des efforts technologiques ont été réalisés dans le monde entier pour améliorer les services et la communication entre les administrations, les citoyens et les entreprises, et des régions mondiales moins développées inventent également leurs propres stratégies d'administration électronique. 

Les avantages que l'e-administration ou l’administration électronique peut apporter (des économies de temps et d’argent pour les utilisateurs, une transparence renforcée, la corruption diminuée…) sont particulièrement bien accueillis dans les pays en voie de développement. Dans ces pays où des systèmes de vote électronique sont mis en place, ils aident à garantir des élections transparentes, en évitant des irrégularités qui peuvent mener à la violence, comme ce fut le cas au Kenya durant les élections de 2007. Dans beaucoup de pays africains, l’accès à l'information et aux services peut se révéler une tâche laborieuse, mais quand un étudiant au Ghana reçoit les résultats de validation de ses UE par SMS, cela lui évite de faire un long trajet entre différents établissements pour vérifier les résultats.   

Ces avantages peuvent conduire bien de pays africains à lancer des initiatives similaires. Cependant, il est important de garder à l’esprit  qu’une e- administration efficace et réussie exige une feuille de route appropriée. Elle a besoin d'une vision nationale et d’une planification rigoureuse, en faisant des choses dans l'ordre et en choisissant les bons acteurs ou partenaires.  

Il est important de noter que la vision des acteurs technologiques sur le continent est aussi essentielle. Leur contribution en termes de vision et d’expérience de ce qui va et ne va pas dans le secteur des technologies de l'information et de la communication en Afrique est primordiale.

Conscience que l'administration électronique ne peut pas être développée par les seuls gouvernements, il est nécessaire d’écouter soigneusement les besoins des citoyens, d’identifier les défis spécifiques au secteur privé en Afrique, d’accroître l'expertise formidable des organisations à but non lucratif et de mettre à profit le savoir-faire et du secteur privé et les apports financiers. En d'autres termes, les connexions entre le secteur privé, les gouvernements et les organismes non gouvernementaux sont fondamentales.  

Nous commencerons notre communication par clarifier ce que nous comprenons par administration électronique, tout en remettant le concept dans le contexte africain nous examinerons les avantages des projets et des applications.

Nous discuterons sur les conditions propices d'exécution, l'implication des acteurs partenaires et les étapes sa mise en œuvre dans le contexte africain.

I- L’administration électronique et ses avantages
1) Qu’est-ce que l’administration électronique ?

Elle peut être définie globalement comme l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans l’administration des services publics ou privés aux particuliers, d'une façon efficace, rentable et commode, permettant une gouvernance plus transparente et responsable.  

C'est aussi l'utilisation de la technologie de l'information et de la communication en fournissant des outils de gestion au service des citoyens, des entreprises et des gouvernements eux-mêmes.  L'administration électronique est alors un système interactif de partage d'informations basée sur l'utilisation des TIC entre une administration, l’échelle locale et la société dans son ensemble. 

Un système d'administration électronique peut être divisé en trois composantes principales :

  1. Une composante destinée aux citoyens (G2C). Interaction entre les corps de l’Etat et les citoyens pour un accès plus rapide, simple et facile aux services publics.    
  2. Une composante destinée au commerce ou au secteur privé (G2B) – Interaction entre le monde des affaires et le gouvernement.
  3. Une composante destinée aux organismes gouvernementaux - Interactions à l’intérieur de l’Etat (G2G) qui se sert des technologies modernes pour établir des liens internes et externes entre les organismes gouvernementaux.
2) Etat des lieux de l'infrastructure des TIC en Afrique

Tous les indices de développement (PIB, IDH, taux d’alphabétisation etc.) désignent l’Afrique comme étant la région du monde la moins avancée. Ce retard de l’Afrique transparaît dans son infrastructure d’accès aux TIC. En effet, la population africaine représente 15% de la population mondiale alors que l’Afrique ne produit que 1% du PIB. Aussi, avec 17% des téléphones utilisés dans le monde, l’Afrique ne compte selon l’Union internationale des Télécommunications[1](IUT), que 2,3 % des internautes. Ce fait est illustré à travers des statistiques qui montrent qu’à l’an 2002, il y’avait plus d’internautes à Londres que dans toute l’Afrique réunie. Mais depuis  quelques années, la connectivité africaine à l’internet a cependant beaucoup évolué.

En 2010, le taux de pénétration de l’Internet est de 10,9% en Afrique, 77,4 % en Amérique du Nord et 58,4 % en Europe. En dix ans, l’Afrique a connu une forte croissance de son taux de connectivité à l’internet (5,6 %) même si, celle-ci reste encore inégale selon les pays. Aussi, la bande passante des pays d’Afrique de l’Ouest a connu dans l’ensemble plusieurs évolutions ces dernières années, notamment grâce au câble sous-marin SAT-3/ WASC/SAFE qui part du Portugal au Malaisie en passant par les côtes atlantiques de l’Afrique de l’Ouest.

À titre d’exemple, le Bénin a multiplié sa bande passante par 10 entre 2000 et 2002 pour arriver à 310 Mbps/s en 2009. Le Togo, le Mali et le Burkina Faso ont régulièrement subi une hausse de leur bande passante. Le Niger reste encore l’un des pays à plus faible bande passante, il dépasserait les 2 mégabits. Le Sénégal constitue une exception puisqu’il disposait déjà en 2002, de 65% de la bande passante internationale de l’ensemble de la sous-région ouest africaine. De 79 Mbps en novembre 2002, la bande passante du Sénégal passa à 300 Mbps en septembre 2003. Le Sénégal connut une autre augmentation en 2007 pour atteindre 2,9 Gbps le 4 septembre 2008, après une augmentation des capacités vers la France, via France Télécom et vers le Canada via Téléglobe. La bande passante du Sénégal est passée à 4,2 Gbps au mois de juin 2009.

Aussi, selon l’Union internationale des Télécommunications, le taux de pénétration de l’Internet en Afrique de l’Ouest en 2009 est de 1,8% au Bénin ; 0,9% au Burkina Faso ; 23,9% au Cap-Vert ; 3,5% en Côte-D’ivoire ; 6,4% en Gambie ; 4,2% au Ghana ; 0,9% en Guinée ; 2,4 % en Guinée Bissau ; 0,9% au Mali ; 1,4% en Mauritanie ; 0,5% au Niger ; 7,2% au Nigeria ; 7,4% au Sénégal ; 0,3% en Sierra Leone ; 5,8% Togo, etc. C’est dire que le taux de pénétration de l’Internet en Afrique (6,7%) est bien loin de la moyenne mondiale estimée à 24,7%.

Malgré la forte croissance de la bande passante en Afrique de l’Ouest, et l’accroissement régulier du taux de connectivité, certaines couches de la population sont encore exclues de toutes les opportunités d’échanges qu’offrent les TIC, défavorisées qu’elles sont par le phénomène de la fracture numérique. C'est-à-dire l’écart qui existe entre pays développés et pays sous-développés en termes d’accès aux TIC. En effet, l’Afrique compte le niveau de développement des télécommunications le plus faible du monde. Il existe une pénurie de lignes téléphoniques même dans les zones urbaines. Aussi, selon l’OSIRIS, le contenu Internet africain représente à peine 3% du marché mondial. Sur près de 180 millions de noms de domaines recensés dans le monde, le continent se classe loin derrière d’autres régions du globe. L’Afrique de l’Ouest, par exemple, ne compte que 10 000 noms de domaines et 3 registrars sur 942 installés dans le monde en octobre 2008.

Cependant, les investissements dans les infrastructures TIC en Afrique ont beaucoup augmenté ces dernières années. Ils seraient passés de 3,5 milliards de dollars en 2000 à près 13 milliards en 2012.

Il convient également d’ajouter le fait que le nombre d’ordinateurs et la capacité de les utiliser sont relativement faibles. Le coût élevé des télécommunications, l’existence de barrières tarifaires à la communication des données, le coût élevé des formations, la fuite des cerveaux sont autant de facteurs bloquants auxquels il faut ajouter la vétusté du matériel, l’inégale répartition des réseaux téléphoniques et le monopole des opérateurs classiques de télécommunication. Aussi, un obstacle de taille à l’accès aux TIC en Afrique est l’état de guerre permanente et la fréquence des coups d’État dans certains pays.

Par ailleurs, Il existe de grands écarts dans les taux de pénétration des TIC entre pays africains mais également à l’intérieur d’un même pays. Les villes principales sont bien souvent plus équipées que le reste du pays. Au Sénégal par exemple, le téléphone fixe et mobile, de même que l’ADSL, sont largement disponibles dans les capitales régionales alors que certaines communautés rurales n’ont pas accès au réseau électrique et elles sont encore moins équipées en infrastructures d’accès à l’Internet ou au réseau téléphonique. Par ailleurs, la fracture numérique a créé une fracture sociale en Afrique de l’Ouest. Des études ont montré qu’en Afrique les hommes sont plus connectés à l’internet que les femmes, les jeunes plus que les vieux, les valides plus que les handicapés, etc. À l’évidence, la fracture numérique constitue aujourd’hui un obstacle majeur au développement des TIC et par conséquent, de la gouvernance électronique en Afrique[2]

Aussi, pendant longtemps, chaque état africain a essayé de réduire individuellement « sa fracture numérique » en instaurant un cadre juridique et fiscal propice à l’investissement dans les infrastructures mais également en mettant en place des réseaux de communication au sein des administrations. La plupart de ces réseaux participent de la volonté de faire des TIC un outil de bonne gouvernance. Les différents efforts étatiques individuels n’ayant pas suffi à résorber le fossé numérique, les africains ont fini par comprendre que la fracture numérique ne pouvait être jugulée que de manière collective et concertée. Dès lors, ils ont entrepris au niveau régional et international quelques initiatives majeures qui militent en faveur d’une infrastructure de qualité.

3) Les avantages de l’administration électronique 

Les projets d'E-gouvernance sont complexes et coûteux, et les gouvernements africains font face à d’autres nécessités plus pressantes, telles qu'alimenter et instruire leur population, et combattre les maladies. Cela signifie que les avantages de l'administration électronique doivent être tout à fait clairs avant que des ressources importantes ne soient allouées à un tel projet.  

Dans ce sens, la bonne nouvelle est que ces avantages sont évidents pour les gouvernements (économies, satisfaction des citoyens, transparence améliorée), pour les entreprises (un meilleur accès à l'information, des gains dans la productivité), pour les citoyens (un meilleur accès à l'information et aux services gouvernementaux, un meilleur service à la clientèle, plus de commodités), et pour la société et le pays dans son  ensemble (un investissement étranger plus élevé, un secteur public plus efficace et facile à gérer, une croissance économique plus élevée).  

Cependant, l'image présentée n'est malheureusement pas toujours si lumineuse, car toutes les initiatives sur l'administration électronique ne sont pas des réussites pour le moment. L'échec peut se produire dans les pays développés et en voie de développement, ce qui renforce le besoin d’une planification, d’une application et d’un contrôle rigoureux.  

En outre, afin de tirer le meilleur de l'administration électronique, il doit être clairement dit que le simple ajout de technologie et d’ordinateurs aux procédures existantes n'améliorera pas la gouvernance en elle-même. Souvent, les pays qui ont la volonté et la vision pour lancer des projets d'e-administration sont également dans un processus dynamique de modernisation gouvernementale.

Compte tenu de toutes ces considérations, nous pouvons passer en revue certains des avantages de l'e-administration :

  •  Une simplification de la vie des citoyens et des entreprises 

En Afrique, l’accès aux  services gouvernementaux exige souvent un effort considérable pour les citoyens. Les heures de service limitées et l’éloignement des bureaux sont des inconvénients importants, qui ont pour résultat beaucoup d'heures de travail perdues. Ce fardeau est particulièrement élevé pour la population rurale, vu que tellement de services ne sont administrés que dans les grandes villes. Cela signifie qu'ils doivent fournir un investissement substantiel en temps et en argent pour se déplacer afin d'obtenir des certificats, payer des services publics, etc.  

Les TIC peuvent aider à faciliter l'accès à ces services et de ce fait  simplifier la vie de la population. Des initiatives telles que l'inscription en ligne dans les universités déjà effectif dans certains pays africains (Tunisie), ou l'enregistrement en ligne des candidats aux examens scolaires illustrent les avantages pour des citoyens vivant dans des régions éloignées, car l'enregistrement en ligne leur permet d'éviter l'investissement significatif en temps et en ressources exigé pour faire cela en personne. 

Au Cap Vert, les citoyens et les entreprises peuvent maintenant obtenir facilement les certificats publics en ligne, y compris des actes de naissance et des certificats d'enregistrement d’entreprise, avec le même niveau de sécurité et d'authenticité que les documents papier traditionnels. Tout ce qui est exigé est un identifiant ID, un mot de passe, et un paiement en ligne des honoraires. Ces dispositifs ont clairement eu des résultats en termes de niveaux de satisfaction des citoyens envers le gouvernement. 

  • Une meilleure gestion du budget, des économies et un revenu accru pour le gouvernement

L'application de la technologie aux services et aux procédés d'administration permet une meilleure gestion des ressources, qui favorise en échange des économies. Les projets relativement simples, tels que les projets somaliens de cartes d'e-Passeports et d'e-Identité au Burkina Faso, ont pour conséquence des documents qui sont hautement sécurisés et internationalement conformes, et sont également plus accessibles pour les citoyens que les passeports et les cartes d'identité traditionnels. Dans le cas de la Somalie, l'e-Passeport  s’autofinance désormais et constitue ainsi une source additionnelle de revenu pour le gouvernement.

L'Égypte a lancé un projet de carte de famille, liant une base de données réunissant des profils familiaux avec des subventions d'état pour des produits alimentaires. L'initiative a permis une réduction de 20% des articles alimentaires subventionnés, en même temps qu’une épargne pour les petits commerçants. En outre, de nouveaux articles subventionnés ont été présentés suite à une meilleure compréhension des attentes du client.

En termes de retour sur investissement, il y a une raison claire pour lancer des paiements en ligne. L'erreur humaine et les montants incorrects de paiement sont bien plus rares dans des transactions électroniques. En outre, les paiements en ligne sont meilleurs marché pour chaque transaction. Le Cap Vert a ainsi vu l'augmentation de revenus depuis que le paiement électronique pour des services publics a été installé, permettant d’effectuer les paiements depuis une carte de crédit, une caisse automatique ou en ligne.

  • Une amélioration de la transparence et une réduction de la corruption 

La technologie digitale est un outil utile pour améliorer la transparence et la responsabilité des actions gouvernementales et réduire les possibilités de corruption. L’installation de nouvelles technologies a pour effet d’exposer des services publics au contrôle des citoyens et d'autres autorités. 

L'e-administration peut être un instrument important dans le combat contre la corruption déclarée par la plupart des pays africains, et peut ainsi mener à une amélioration positive de l'image gouvernementale, à la fois dans l’opinion publique et sur la scène internationale. Les paiements et les applications en ligne ont l'avantage de rendre des transactions transparentes. La mise en ligne des activités gouvernementales, réalisée avec succès dans beaucoup de pays à travers le monde, réduit les coûts de transaction et rend ces activités publiques moins enclines aux influences extérieures.

Les exemples positifs abondent, car la transparence et l'objectivité sont présentes dans pratiquement toutes les initiatives d'e-administration. Quand l'Égypte a lancé le projet de système informatique pour les municipalités d'Alexandrie (e-Alex), qui créait un bureau unique de centralisation et de contrôle des activités des employés et des clients, la corruption parmi les employés municipaux a pratiquement disparue.

  • Une croissance économique plus forte

Les initiatives d'e-administration peuvent avoir des effets positifs sur la société et sur l'économie nationale. Elles réduisent le temps et le coût de beaucoup d’activités gouvernementales, améliorant ainsi la productivité des entreprises et des citoyens et de ce fait elles contribuent à la croissance économique.  

Le Cap Vert a récemment permis la création d’entreprises telles que les sociétés anonymes à responsabilité limitée depuis un bureau unique en moins d’une heure. Pour cela, ils ont simplifié et intégré tous les processus et les services divers nécessaires à la création d’entreprises. Ce service augmente évidemment la compétitivité du Cap Vert et joue un rôle favorable aux investissements étrangers dans le pays. Un autre exemple de projet gouvernemental réussi avec succès grâce à la technologie pour améliorer les services est connu sous le nom « d’e- douane » (e-custom) ; il s’agit en effet de systèmes douaniers automatisés. Cela contribue à la croissance des courants commerciaux, comme dans le cas des pays le long du couloir Abidjan-Lagos. Ils ont signé un protocole d'accord visant à lever les barrières douanières et faciliter le commerce transfrontalier, initiatives qui intégraient SYDONIA (Système douanier automatisé) et l'utilisation d’un système d’observation satellitaire.  

II- Les étapes de mise en place de l'administration électronique

Les pays africains qui souhaitent développer l'administration électronique peuvent se poser des questions sur la meilleure manière de l'aborder. Par où commencer ? En donnant des rendez-vous au médecin par Internet, par des e-embauches, ou bien par le paiement des impôts en ligne? L’administration électronique a de nombreuses manifestations possibles. Pour améliorer l'analyse de l’administration électronique, il peut être utile que les gouvernements utilisent des cadres conceptuels de référence. Ces modèles conceptuels présentent les processus d'e-administration comme l'évolution d'une série d’étapes.

Quatre étapes principaux d’e-administration adoptés par la plupart des organisations internationales, présente cette innovation technologique comme une série d’étapes de complexité croissante (Information, Interaction, Transaction et Transformation).  

Les gouvernements commencent avec une présence sur Internet, avec des sites Web nationaux ou ministériels en offrant une information statique. La phase d'interaction commence quand le citoyen peut interagir avec l'administration ; il est possible d'envoyer des e-mails aux fonctionnaires publics, ou de télécharger certains formulaires. L'étape de transactions se concrétise quand les citoyens peuvent terminer complètement leurs transactions, notamment en payant en ligne (en payant les impôts ou les comptes de services) ; finalement arrive la transformation quand il y a seulement un site Web qui permet l’accès des citoyens à toute l'administration, sans barrières entre les différents ministères.

 

Illustration d'e-administration en 4 étapes

La méthodologie que nous avons utilisée dans cette étude comporte trois volets : la recherche documentaire, des enquêtes sur le terrain et des cas d’évaluations des sites ministériels et autres institutions en Afrique. Notre choix s’explique par notre volonté de disposer des écrits les plus récents sur toutes les questions relatives à l’administration électronique en Afrique mais également d’aller sur place à la rencontre des acteurs, des autorités publiques afin de voir, par nous-même, ce qui se fait et si cela correspond aux discours et ainsi pouvoir tester les dispositifs qui sont en train d’être déployés.

Tous les pays développés aujourd’hui proposent des services aux usagers à partir de leurs sites portails mais chacun essaye tant bien que mal de développer un « modèle » lié d’abord à ses priorités stratégiques tout en s’inspirant parfois de ce qu’il y a de positif dans l’exemple des autres dans le domaine.

Mis à part le modèle des silos, il serait imprudent de parler aujourd’hui d’un modèle universel de l’e-administration dans sa globalité. Comme le souligne dans son rapport d’information sur l’administration électronique Gérard BRAUN du sénat français : on s’accorde à parler d’« administration électronique » ou d’« e-administration » dès lors qu’une information est saisie directement par l’usager, ou pour l’usager, sur un ordinateur relié à un réseau administratif en pratique, aujourd’hui, via Internet.

Si cette définition est univoque, il n'existe pourtant pas de « modèle » universel de développement de l'administration électronique, et les pratiques de l'administration électronique sont déterminées par le niveau de développement des Nations et les choix politiques de leurs gouvernements.

Même pour les pays qui passent pour être les références dans le domaine, des lacunes existent toujours et le système n’a pas fini d’être éprouvé. 

Comme le souligne Georges Chatillon[3], aucun gouvernement n’a disposé d’un modèle national, d’une expérience propre. Il a fallu tout inventer, tout mettre en place à partir de presque rien, tout justifier. Il a fallu regarder comment les autres faisaient, adapter au "génie" national, imaginer, traquer les problèmes, trouver des solutions à la fois nouvelles et compatibles avec la tradition. Il a fallu encore discuter avec les représentants des autres Etats, tirer la couverture à soi, faire des compromis, ferrailler avec les composantes politiques nationales.

Après le travail de terrain ponctué par des tests et l'étude des rapports d'audits nous pouvons proposer une approche différente en fonction des réalités africaines avec trois étapes rigoureuses pour introduire l'utilisation de technologies dans l'offre de services.

La première phase et la plus basique se réfère aux projets de collecte de données pour offrir des services d’e-administration plus efficaces. L'étape suivante a lieu quand les gouvernements commencent à utiliser les TIC dans la gestion des services de base (impôts, état civil, santé, etc.) et des intérêts de leur pays. Finalement, la phase la plus développée implique l’offre de services publics en ligne dans laquelle les citoyens interagissent avec l'administration et peuvent terminer complètement les transactions. Le modèle d’e-administration que nous développons dans cette proposition permet aux gouvernements de se projeter à partir des capacités développées et des informations compilées à chaque étape avant de passer à la suivante.

  • Première phase : Collecter des informations sur les citoyens pour offrir de meilleurs services publics. 

Premièrement, l’étape la plus basique de l'administration électronique consiste à établir des systèmes de collecte d'information sur les citoyens particuliers et les activités économiques. Cette information peut être utilisée selon diverses intentions - pour renforcer directement les services fondés sur les TIC, pour fournir des données essentielles aux statistiques du pays et les services de prévision, et pour mieux élaborer des politiques spécifiques.  

Un exemple d'utilisation à ce premier niveau de l'administration électronique peut être trouvé au Botswana avec son identification du bétail et son système de traçabilité. Ce type d'initiative, utilisant des microplaquettes pour localiser les animaux, est extrêmement utile pour la gestion efficace des mouvements transfrontaliers du bétail, en résolvant des conflits entre les propriétaires de troupeaux et pour un meilleur contrôle de la santé animale. Ce système peut être extrêmement intéressant pour les pays d'élevage africains.  

D'autres applications qui peuvent être développées à cette étape apportent des informations sur la structure du travail. Plusieurs pays africains méridionaux ont mis en place un Système d’Inspection et de Gestion d'Informations du Travail, basé en Namibie qui a rendu des services en Namibie, au Swaziland, au Lesotho et au Botswana. Ce système offre une information en temps réel sur les employés, les dates d'inspection, le respect des lois du travail et des réglementations et conventions du travail infantile, entre autres.  

Les cartes d’identité et passeports sont un autre exemple des initiatives qui peuvent être entreprises dans cette étape initiale. La Somalie, un pays ravagé par la guerre, était un des premiers pays en Afrique à utiliser l’e-passeport et un système de gestion de cartes d'identité

Ce système présente deux avantages décisifs - il fournit un outil précis et fiable pour identifier les citoyens d'un pays, et assure à la Communauté internationale la fiabilité des passeports d'un pays, même dans une situation de guerre et d'instabilité. 

  • Deuxième phase : Utilisation de TIC dans la gestion des impôts, des revenus et des fonds nationaux

Une fois que les bases de données nationales ont été créées pour offrir des services de base, la prochaine étape vers l’e-gouvernance est l'utilisation de TIC dans la gestion fiscale et les recettes de services, et le développement de solutions douanières, fiscales et de distribution de revenus. 

L'utilisation de TIC dans la fiscalité et la gestion des recettes présente des avantages évidents. L'administration financière et la gestion d'impôts basée  sur les solutions TIC  réduisent considérablement les coûts et permettent une gestion plus efficace et plus transparente des fonds et des recettes. L'efficacité et la transparence donnent lieu à des niveaux croissants de confiance de la part des citoyens et des investisseurs étrangers, et dans tous les cas ces services créent une base pour des services plus performants et plus complexes d’e- gouvernance dans les étapes suivantes.  

Beaucoup de pays ont incorporé le système SYDONIA pour contrôler toutes les activités de douane, comme Cap-Vert, qui a intégré son accès dans le site Web du gouvernement.  

Développer des projets avec le soutien de donateurs internationaux est souvent une manière d'appliquer des solutions TIC pour la gestion de fonds. Les donateurs exigent des rapports financiers stricts sur les projets qu’ils financent, ce qui constitue une manière d'introduire des solutions pour présenter des rapports sur les procédures du gouvernement. Avec ces systèmes de divulgation financière, les systèmes comptables pour le contrôle des frais deviennent accessibles et organisés, les audits internes et externes sont plus faciles à effectuer, et l’on optimise l'efficacité du gouvernement et du projet.

  • Troisième phase : Services Publics en ligne 

Finalement, le niveau le plus avancé d'une stratégie d’e-gouvernance sera atteint quand les services en ligne pour les citoyens seront mis en place. Dans ce point, un haut niveau d'interaction entre le gouvernement, les citoyens et l'entreprise a déjà été obtenu, et les citoyens peuvent archiver des revenus ou des impôts corporatifs, obtenir des documents et des certificats personnels, fixer des rendez-vous avec les bureaux administratifs sur Internet, entre autres possibilités. La qualité des services publics s’améliore ; les citoyens ne perdent pas de temps à faire la queue pour avoir accès aux services et ne sont pas limités par des horaires d'attention. Les demandes des citoyens sont résolues en moins de temps, et les occasions de corruption diminuent.  

Beaucoup de pays africains ont commencé à offrir des services en ligne à leurs citoyens et aux entreprises dans l'Education Nationale, les élections, l’administration des terres et la santé, entre autres. Nous pouvons tirer quelques leçons de leurs expériences pour une mise en œuvre réussie des services en ligne :  

  • Un élément fondamental est la nécessité d'augmenter les capacités  pendant les étapes précédentes ; en augmentant les bases de données existantes avec des informations significatives pour nourrir les systèmes de services en ligne. Le Ministère de l'Aménagement des Territoires et du Logement du Botswana a donné une grande importance au développement d'un inventaire territorial, avant de créer le Système de Gestion d'Information sur les Terres de l'État (SLIMS), en créant une base de données à partir de l’information sur les terrains, parcelles et détails d'assignation. Développer la conscience publique était essentiel, de sorte que les citoyens comprennent les intentions et les avantages de la collecte de données et à leurs terrains. 
  • La téléphonie mobile doit être considérée comme un outil précieux pour interagir avec les systèmes par l'intermédiaire des SMS. La téléphonie mobile et l'envoi de textes ont un succès considérable en Afrique, et ils sont une alternative globale et un complément de l'interaction informatisée. Le Cap Vert utilise l'envoi de textes SMS pour livrer les numéros de certificats sollicités par les citoyens, et le Ghana l'utilise pour les résultats des inscriptions dans les écoles secondaires. 
  • L'objectif et l'étape finale des services en ligne pour les citoyens sont atteints quand les gouvernements auront un système d'administration intégral des services publics. Un tel système est organisé selon les nécessités des citoyens et des entreprises, et non nécessairement selon les limitations et les compétences des Ministères. Les demandes et les nécessités peuvent être guidées par l’intermédiaire d’un site Web unique, comme dans le cas du Cap Vert, avec son site www.portondinosilha.cv, obtenu grâce à l'intégration des bases de données et les applications du serveur. Ce système conduit à une simplification des procédures administratives et à une meilleure intégration du gouvernement. D'autres pays ont des projets similaires, comme « le Projecto Portal de Governo » en Angola, en réunissant toute l'information et les services publics du gouvernement sur une même plate-forme pour les mettre à  disposition des citoyens par l'intermédiaire d'Internet.
Conclusions

Comme nous l’avons vu, l’administration électronique a atteint beaucoup de pays africains, riches ou pauvres, éloignés ou bien desservis, après des années de stabilité ou après des décennies de guerre.

De ces expériences, nous pouvons tirer trois leçons principales qui peuvent être appliquées à d'autres types de projets en Afrique. 

Une des clefs pour le succès de la mise en œuvre  d'un projet est une bonne préparation, une planification et une mise en œuvre soignée.

En second lieu, la collaboration avec des acteurs ou partenaires adéquats est essentielle. Si nous prenons l'exemple de créer un environnement propice pour les TIC - en érigeant l'infrastructure adéquate de TIC, en développant l'éducation et l’apprentissage et en créant un cadre juridique - il est clair que même les fondamentaux constituent un grand défi pour les gouvernements africains. Le manque de ressources financières, de compétences techniques et de capacité de gestion sont des obstacles qui peuvent être surmontés avec une collaboration entre les sociétés, les gouvernements, le secteur privé, les organisations non gouvernementales et les institutions internationales

Les exemples dans cette communication démontrent l'importance de développer des solutions conçues spécifiquement pour des problèmes - ne pas simplement adopter les solutions standards, mais les adapter aux réalités africaines.

Les gouvernements ne seront pas seuls dans cette tâche. Beaucoup de partenaires sont prêts à offrir leur aide pour assister les gouvernements sur le chemin de l’e-administration, y compris par des aides financières pour le développement d'infrastructures, grâce à l'approvisionnement en ordinateurs pour les fonctionnaires publics et les écoles, à prix bas et adaptés aux nécessités des utilisateurs, ou encore par un travail de formation pour aider les secteurs défavorisés de la population à développer leurs compétences en TIC.

L’administration électronique est un des éléments décisifs pour le futur de l'Afrique. La technologie peut aider à créer des gouvernements plus efficaces, plus proches de leurs citoyens, plus transparents et responsables. Cela ne peut qu’apporter plus de croissance et plus de développement. Toutefois, ces améliorations ne deviendront réalité qu’à condition de fournir des efforts soutenus et un travail conjoint entre tous les acteurs et une volonté politique.

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[1]http://www.internetworldstats.com/

[2]Sources : http://www.internetworldstats.com/africa.htm

[3] Georges Chatillon - administration électronique : enjeux pratiques, défis juridiques, 2003  http://www.georges-chatillon.eu/ 


Auteur

Kondi Napo SONHAYE
GERiiCO
UNiversité Charles de Gaulle - Lille 3


Citer cet article  

Napo Sonhaye, K. (2014). Rôles des technologies de l’information de la communication dans l’établissement du contact direct avec les citoyens : Bref aperçu de l’administration électronique en Afrique. Actes de la 6ème édition du COSSI "L'utopie de la communication", 17-19 juin 2014 - IAE de Poitiers, France.


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