D’autre part, la question de la culture de l’information est considérée comme une compétence personnelle et professionnelle à caractère stratégique en raison des nouveaux rôles informationnels que l’individu adopte à l’ère de la société de l’information et de l’économie de la connaissance. Si de nombreuses études ont examiné la culture de l’information et son importance pour la performance de l’entreprise (Choo, 2008; Curry, 2011), l’on a étudié moins le statut stratégique de webacteur de l’individu, qui manie allègrement des objets numériques lui permettant de construire sa réalité, sans qu’il réalise toutefois la complexité et la multitude des  conséquences des actes informationnels qu’il pose, en égale mesure, dans son parcours personnel et organisationnel. La compréhension limitée de ces multiples implications constitue un enjeu dont les dimensions se révèlent considérablement préoccupantes pour les organisations (Deschamps, 2010; Wellman, 2011) – et en même temps stimulantes, si l’on réalise que l’information constitue, de toutes les ressources à la disposition de la société et de l’économie, la seule à être inépuisable et, devenant par cet attribut même, source de développement, à part ses fonctions classiques de transmission de savoir, mémorielles ou expérientielles (Ettighoffer, 2008; Szalay, 2010). 

La méconnaissance des enjeux et des problématiques évoqués exerce un impact direct sur la culture organisationnelle en matière de stratégies d’information adoptées par les organisations et les institutions et conséquemment sur la gestion informationnelle, documentaire et communicationnelle en place. L’attention accordée aux investissements dédiés aux objets techniques numériques  informationnelle opère un déséquilibre quant à la vision globale de la relation entre l’information – la documentation – le savoir – la communication en tant qu’actifs immatériels de valeur, d’une part, et les procédures et les outils permettant de les appréhender, de les valoriser et surtout de les pérenniser (Wolton, 2000; 2009; Marcon, 2009), dans une perspective de durabilité. 

Réorienter le regard vers ces actifs et leur poids conséquent pour l’avenir organisationnel et sociétal permettrait de contribuer à rééquilibrer la vision de ce que constitue réellement un développement socio-économique durable, basé sur l’accès à  l’information et le maniement des technologies subséquentes. Cette transformation correspondrait à un passage du paradigme instrumental – procédural - prescriptif courant dont les limites sont manifestes,  entre autres, sur le plan de la production informationnelle, de la masse documentaire ou du foisonnement normatif, à un nouveau paradigme, qui est celui de la vision écologique, systémique et durable, du processus informationnel dans son ensemble et sous toutes ses formes – documentaire, informationnelle, expérientielle, communicationnelle (Bell, 2011; Maurel, 2012).

Sur un plan organisationnel et personnel, ceci permettrait de faire émerger une nouvelle compétence - à caractère stratégique, caractérisée par un savoir-faire informationnel, documentaire et communicationnel apte à opérer une évolution de la compréhension et des pratiques informationnelles utilitaristes et mimétiques en cours, et qui serait plus appropriée par son caractère réfléchi et poïétique (Doucette, 2011; Floridi, 2011), au bon déroulement du processus informationnel et à l’atteinte des objectifs des stratégies informationnelles orientées vers le long terme, vers la création et l’innovation.

Ainsi, la compétence informationnelle durable pourrait-elle se retrouver à la confluence de la littératie informationnelle et de l’attitude d’éveil à l’environnement complexe par l’information et la connaissance, la vigilance et la collaboration en vue de l’action, confluence dépassant la translittératie et ouvrant la voie à la transculture de l’information (Nolin, 2010; Mallowan, 2012). 

Créer le terrain propice pour l’émergence du processus informationnel, documentaire et communicationnel selon une approche durable, appelle une démarche de recherche structurée en plusieurs phases et conjuguant les efforts des communautés d’intérêt et de pratique (théoriciens et praticiens) œuvrant dans le domaine des processus informationnels, documentaires et communicationnels, dans tout type d’organisation (milieu institutionnel, corporatif, associatif). Dans ce contexte, les contributions attendues porteront sur le concept de culture de l’information et des pratiques informationnelles, documentaires et communicationnelles reliées, dans une perspective de durabilité. 

Les propositions – réflexions épistémologiques, conceptuelles, théoriques ou pratiques (notions, concepts, modèles, stratégies, analyses, cas, pratiques, ainsi que toute autre contribution reliée à la thématique), peuvent s’inscrire dans les axes abordés ci-dessus.

Présidence du COSSI 2013 :

  • Monica Mallowan, co-présidente, professeure agrégée, Univ. de Moncton, Campus de Shippagan (UMCS), NB, Canada
  • Christian Marcon, co-président, maître de conférences, Icomtec-IAE, Univ. de Poitiers, France

Comité organisateur du COSSI 2013 :

  • Monica Mallowan, prof. agr. en sciences de l’information, UMCS
  • Marthe Robichaud, prof. agr. en comptabilité, UMCS
  • Patrice-Éloi Mallet, dir. Éducation permanente, UMCS

Comité scientifique du COSSI 2013 :

  • Lucie Bégin, École de Management de Normandie, France
  • Lynne Bowker, École des sciences de l’information, Université d’Ottawa
  • Anne Cordier, Université de Rouen, France
  • Viviane Couzinet, Institut Universitaire de Technologie, Université Toulouse-III, France
  • Jacqueline Deschamps, Haute École de Gestion de Genève, Suisse
  • Viviane du Castel, Institut Supérieur Européen de Gestion, Paris, France
  • Raja Fenniche, Institut Supérieur de Documentation, Université de la Manouba, Tunisie
  • Marcel Lajeunesse, École de Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information, Université de Montréal, Québec, Canada
  • Olivier Le Deuff, Université de Bordeaux III, France
  • Vincent Liquète, IUFM Aquitaine, Université de Bordeaux IV, France
  • Monica Mallowan, Université de Moncton, Campus de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
  • Christian Marcon, Institut de la Communication et des Technologies Numériques, IAE - Université de Poitiers, France
  • Sabine Mas, École de Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information, Université de Montréal, Québec, Canada
  • Dominique Maurel, École de Bibliothéconomie et des Sciences de l’Information, Université de Montréal, Québec, Canada
  • Florence Ott, Université de Moncton, Campus de Shippagan, Nouveau-Brunswick, Canada
  • Fabrice Papy, Université Nancy 2, France
  • Shabnam Vaezi, Institut Universitaire de Technologie, Université de Tours, France