Pratiques informationnelles durables : une revue de littérature

Aurélie Brunet

-- Extrait dans lequel la "durabilité" est proche de la "démocratie" --

Pour Arizpe et Paz (1992), le concept de « durabilité » est proche de celui de « démocratie » car il s’agit d’idéaux de « comportements sociopolitiques ». Les auteures analysent le concept de « durabilité » sous l’angle du développement et plus précisément du « développement durable ». Elles reprennent la définition que donne Robert Ayres tout en soulevant le problème de définition que pose le terme « harmonie » : « La durabilité est un processus de changement dans lequel l'exploitation des ressources, le choix des investissements, l'orientation du développement technologique et les changements institutionnels, est en harmonie avec les besoins et les aspirations de l'homme et favorise à la fois notre capacité actuelle et future à les satisfaire ».

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Pratiques informationnelles dans une communauté professionnelle : les conditions d’émergence de la durabilité des écosystèmes informationnels

Anne Lehmans et Karel Soumagnac

-- Extrait dans lequel la "durabilité" est dépendante de l' "écosystème informationnel" --

La durabilité suppose la pérennité à travers la prise en compte des interactions entre environnement, société et économie. Elle permet de considérer un écosystème informationnel dans sa dimension temporelle, par la mise en place de procédures qui inscrivent les activités dans le temps d’une part, dans l’espace social d’autre part, par la gestion, la communication, la médiation, la régulation. L’instauration de modes raisonnés et rationnels de gestion de l’information permet de l’inscrire dans le temps de l’usabilité sans déperdition d’énergie pour la retrouver et la réutiliser. Ces procédures sont essentielles dans des communautés émergentes qui n’ont pas les moyens économiques d’instaurer des modalités de régulation des circuits de l’information. Elles mettent en lien : la dimension sociale, collective ou communautaire pour le partage de l’information (participation/coopération), la dimension écologique : prise en compte des relations entre systèmes d’information, et des interrelations entre macro et microsystèmes, l’identification d’acteurs-clés qui sont des relais de l’information mise en réseau.

Cependant, la notion de durabilité semble centrée sur la temporalité, alors que le concept anglo-saxon de sustainability réfère à des dimensions sociales plus larges, et notamment à la participation des acteurs (Nolin, 2010). En matière d’information, celle-ci repose sur l’intégration de la complexité dans l’identification des besoins d’information et leur gestion. Cette identification se fait à travers la mise en place d’un dialogue entre les acteurs, dont les interactions sont créatrices. Trois caractéristiques se dessinent ainsi. Les interactions sociales créatrices par l’identification des besoins d’informations nécessitent la mise en place d’un dialogue dessinant l’espace de la communauté (Caron, Doueihi, 2011), d’une relation de confiance entre les acteurs (Maurel, 2006), et d’un lien entre travail et engagement social permettant la reconnaissance (Mercier, 2005). Ensuite, le passage de l’économie à l’écologie de l’attention (Salaün, 2012) basée sur la rareté, la pérennité, voire la gratuité peut permettre aux communautés professionnelles de fonctionner en marge du marché « dominant » de l’information et de la formation professionnelle. Enfin, il est nécessaire de transposer des compétences informationnelles entre cultures professionnelles et de faciliter l’émergence de métacompétences (Liquète, 2011).

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Pratiques informationnelles durables : De la littératie informationnelle à la culture de l’information en entreprise : quels enjeux et solutions pour l’innovation ?

Thomas Chabbert et Damien Fouché

-- Extrait dans lequel la "recherche d'information" est indispensable à la "durabilité" --

Ainsi, la notion de recherche d’informations apparaît indispensablement liée à celle de durabilité. Cette notion est apparue avec la naissance des premiers ordinateurs dans les années 1950. La question de l’archivage des données et les moyens de les retrouver plus simplement, rapidement et le plus pertinemment possible est alors posée. Aujourd’hui, la production de quantités de données est telle au sein même des entreprises que cette notion doit plus que jamais être travaillée. Comment permettre à l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise d’accéder à l’information désirée le plus rapidement possible ?

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Pratiques informationnelles durables : la question de la culture de l’information pour les natifs du numérique à l’heure de l’ubiquité des algorithmes de recherche et l’appropriation de Google par les « digital natives »

Antoine Henry et Jean-Baptiste MacLuckie

-- Extrait dans lequel la "culture de l'instantanéité" est opposée à la "durabilité" --

La culture de l’instantanéité s’oppose-t-elle réellement au concept de durabilité ? Comment rendre la culture de l’information pérenne alors qu’étant étudiée sous l’angle des technologies du numérique, elle évolue dans un environnement instable et en perpétuel changement ? En effet, le Web est un écosystème dynamique où les informations apparaissent, se transforment et évoluent continuellement. En parallèle, les TIC suivent le rythme de transformation du Web, les outils, applications et sites Web évoluent également, impliquant parfois une perte de repère quant aux habitudes des usagers. Comment maintenir dans un tel contexte une culture durable de l’information ? La réponse se trouve peut-être dans une culture de l’information que nous qualifierons de dynamique[8], en mouvement et en perpétuelle quête d’amélioration. Cette conception de la culture de l’information peut être illustrée par cette citation d’Alvin Toffler, sociologue et écrivain américain (in Gibon R., 1997) : « The illiterate of the 21st century will not be those who cannot read and write, but those who cannot learn, unlearn and relearn ». Cette citation célèbre d’Alvin Toffler n’est pas sans rappeler la notion d’apprentissage continu, aussi appelé lifelong learning, qui désigne un apprentissage « tout au long de la vie », mais Alvin Toffler va plus loin en parlant d’« apprendre, désapprendre et réapprendre ». Dans cette même logique, Mark Deuze (2007) souligne que les travailleurs d’aujourd’hui [et de demain] devront être capables de désapprendre les compétences obsolètes tout en s’adaptant aux technologies présentes et futures. Selon Deuze (ibid.), les travailleurs doivent devenir « leurs propres entreprises », être autonomes et capables de s’adapter aux nouvelles réalités de leurs emplois. Cet aspect est également développé par Olivier Le Deuff (2011), qui évoque la possibilité du Personal Knowledge Managementselon l’acception de Christophe Deschamps[9] (in Delengaigne, Mongin, Deschamps, 2011) comme moyen d’apprendre tout au long de la vie, mais aussi de travailler « pour soi et sur soi », de s’améliorer tout en cherchant à devenir autonome vis-à-vis de son lieu de travail.

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Pratiques informationnelles dans une communauté professionnelle : les conditions d’émergence de la durabilité des écosystèmes informationnels

Anne Lehmans et Karel Soumagnac

-- Extrait dans lequel la "durabilité" est dépendante de l' "écosystème informationnel" --

La durabilité est indissociable de la complexité qu’Edgar Morin (2007) relie à la pensée des écosystèmes, des interactions et des modes de régulation. Vincent Liquète (2011) a développé cette réflexion pour ce qui concerne l’information en proposant d’étudier les écosystèmes informationnels à partir des personnes «ressources», des structures, des services et des documents. Dans le cadre des organisations, les modèles de gestion des connaissances répondent en partie à l’exigence de durabilité en organisant la capitalisation, le partage et la création de connaissances à partir du système d’information (Ermine, 2008). En dehors des organisations, ces modèles ne sont plus opérants.

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Pratiques communicationnelles durables : interrogation sur la transposabilité d’un concept

Christian Marcon

-- Extrait dans lequel les "pratiques communicationnelles durables" s'inscrivent dans la "durabilité" --

3. Vers des pratiques communicationnelles durables ?
3.1. Introduction du temps long dans l’analyse

Toute réflexion en termes de durabilité introduit le temps long dans l’analyse. Elle ne se satisfait pas d’une étude de situation à un moment du temps (l’instant « t »), ni même de la simple comparaison de deux instants (« t » et « t+1 ») ou de la distinction du temps d’avant (ex ante ) et du temps d’après réalisation (ex post¬). Elle ne privilégie pas le temps court, l’optimisation immédiate, la comparaison de séquences successives.

Le temps long de la réflexion en termes de durabilité, comparable en ce point à celui des démographes, pense en termes de « générations futures ». Ce temps long ne peut donc être que celui de la prospective, hasardeux car, au delà d’une certaine période de temps, la prévision devient impossible. Il est aussi un temps volontariste, philosophique et politique. Volontariste car l’atteinte des objectifs demande une patience que seule une volonté constante permet d’espérer atteindre, sans garantie aucune pour les acteurs d’aujourd’hui que demain connaîtra des bénéficiaires de leurs actions. Philosophique et politique, car il est indissociable d’une conception du bonheur et de l’équilibre de l’Homme considéré individuellement, mais aussi des générations futures d’hommes à venir qui peupleront la planète, l’une et l’autre étant susceptibles d’évoluer précisément au fil des générations.

L’introduction du temps long pourrait nous conduire à une sorte de découragement keynésien en ce sens que Keynes privilégiait l’analyse à court terme en arguant du fait que « à long terme, nous sommes tous morts »… Pourquoi, donc, nous interroger sur un hypothétique « équilibre communicationnel » ?

Peut-être parce que l’observation des effets des pratiques actuelles de communication ne laisse pas indifférent : le temps de la pensée chassé par la préférence pour l’action immédiate (Le Deuff, 2011) et le développement d’une pensée comprimée que C. Alloing qualifie avec à-propos de « web des corps gras » (Alloing, 2010) ; la culpabilisation de la non-réactivité ou, pire, de la non-connection ; le transfert de certains coûts de communication sur l’individu, sommé de dépenser en équipements et abonnements pour se connecter ; la remise en cause de la frontière entre vie privée et vie publique (13) ; le traçage informatique ; l’impossible apprentissage permanent des évolutions des multiples outils (14)… Aucun espace communicationnel ne semble préservé. Au sein même de notre communauté de chercheurs, le mouvement naissant de slow science semble indiquer l’émergence d’une prise de conscience de la vanité et la vacuité d’une course à la communication chez les scientifiques, quelque pression qu’ils subissent en ce sens. En témoigne son manifeste: « We are scientists. We don’t blog. We don’t twitter. We take our time. […] We do need time to think. We do need time to digest. We do need time to mis­understand each other, especially when fostering lost dialogue between humanities and natural sciences. We cannot continuously tell you what our science means ; what it will be good for ; because we simply don’t know yet. Science needs time (15). »

3.2. Des définitions de la communication qui excluent le temps ?

L’auteur de ces lignes a vainement cherché (mais peut-être a-t-il mal cherché ?) parmi les approches pragmatiques, fonctionnalistes, interprétatives… une définition de la communication qui introduise la dimension temporelle explicitement et de manière forte avec un regard en termes de temps long (16). Lorsque la communication n’est pas confondue avec l’information, c’est couramment l’idée de partage qui prévaut, lequel implique une circularité dans l’échange, et donc implicitement du temps. D. Wolton insiste sur une évolution majeure en ce domaine : « On observe le même changement de sens du mot communication. Celui-ci signifie beaucoup moins aujourd’hui le sens classique de partage de valeurs communes, que l’idée de cohabitation liée à la nécessité de faire tenir ensemble des logiques disparates. Hier, communiquer, c’était partager, réunir, ou unir. Aujourd’hui c’est beaucoup plus cohabiter et gérer les discontinuités. » (Wolton, 2009) Lesquelles impliquent une perspective de durabilité. En revanche, la dimension temporelle apparaît dès qu’est exposée la notion de système de communication. Ainsi, chez Alex Mucchielli : « Un système de communications, au sens de la systémique qualitative des communications, est un ensemble récurrent, régulier et repérable de formes d’échanges existant, dans une certaine temporalité, entre des acteurs participant d’un cadre d’action pertinent, ensemble qui entraine les acteurs dans sa dynamique propre. » (Mucchielli, 2006). La question est donc moins à formuler en termes de communication que de système de communication, donc de pratiques renouvelées, régulières. 

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

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