Pratiques informationnelles durables : une revue de littérature

Aurélie Brunet

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Pour Arizpe et Paz (1992), le concept de « durabilité » est proche de celui de « démocratie » car il s’agit d’idéaux de « comportements sociopolitiques ». Les auteures analysent le concept de « durabilité » sous l’angle du développement et plus précisément du « développement durable ». Elles reprennent la définition que donne Robert Ayres tout en soulevant le problème de définition que pose le terme « harmonie » : « La durabilité est un processus de changement dans lequel l'exploitation des ressources, le choix des investissements, l'orientation du développement technologique et les changements institutionnels, est en harmonie avec les besoins et les aspirations de l'homme et favorise à la fois notre capacité actuelle et future à les satisfaire ». 
 
Dans la mesure où la répartition des ressources est la priorité pour les systèmes politiques, « tout projet de durabilité entraîne, de fait, un changement politique ». Ainsi, l’arrivée du concept de durabilité entrainerait nécessairement un changement, un changement de paradigme ?
 
Gueldry et Knuckles (2012) définissent, quant à eux, la durabilité comme étant « à l’intersection de ce qui est vivable, équitable et viable, et au carrefour des trois domaines fondamentaux de l’activité humaine : social, environnemental et économique ». En l’espace de quelques dizaines d’années, « le concept de durabilité a évolué dans le sens d’une plus grande intégration de ses trois composantes, pour promouvoir un capitalisme durable, s’éloignant de l’écologie profonde (qui étouffe le social et l’économique sous l’environnement) comme de l’anticapitalisme du mouvement écologiste des années 1970 (1er Sommet de la Terre à Stockholm en 1972) ». 
 

Préserver la durabilité des pratiques informationnelles des acteurs de l’architecture éco-constructive : des pratiques informationnelles à une mémoire collective de travail

Vincent Liquète

-- Extrait --

Ces dernières décennies, la question de la durabilité a été évoquée dans de nombreux secteurs d’activités ou scientifiques, mais le point commun de ce concept est, qu’à l’origine, il émane du domaine de la gestion et de la préservation de l’environnement, notamment dans le cadre du développement durable. En prenant soin de recouper tout un ensemble de travaux inscrits autour du principe de durabilité, nous avons observé que derrière un même vocable, sous forme nominale ou adjectivale (durabilité et/ou durable), la question de la durabilité revêt des sens et des systèmes d’intention extrêmement variables, selon les visées et les référents privilégiés par les auteurs. Par conséquent, il nous a semblé utile et nécessaire pour construire au mieux notre propos, de tenter de délimiter la durabilité dans le champ large de l’information et celui plus restreint, des pratiques informationnelles. L’exercice se révèle extrêmement délicat, car comme toute démarche exploratoire, il oblige le chercheur à importer des définitions et des délimitations épistémologiques de secteurs variés, dont les intentions liées à la durabilité peuvent être très hétérogènes. Stricto sensu, la durabilité renvoie dans son sens premier et générique à la question de la « durée », au sens de la recherche à terme d’un équilibre inscrit dans le temps, permettant de ce fait de dégager des manières de faire voire des manières d’être, vouées à l’équilibre, stables et assurant un équilibre de l’environnement dans lequel il s’inscrit. Parallèlement, chez les anglo-saxons, le terme « sustainability » propose un dépassement de la seule idée de durée, pour évoquer notamment des modes de rationalité, de gestion, de programmation des activités, d’anticipation des situations, de résistance à des tendances collectives, etc. montrant dès lors un concept bien plus riche et plus dense que la seule idée d’inscription dans la durée (Bridgland & Whitehead, 2004). Ceci revient à dire que, selon nous, la durabilité n’est pas seulement un concept aidant forcément à résoudre des situations info-communicationnelles dysfonctionnelles, mais constitue davantage un « concept problème » dans le sens où le suggère Brigitte Simonnot « il porte des questions différentes sur les phénomènes auxquels il est appliqué » (Simonnot, 2013). Ainsi, la force de ce concept pour les chercheurs en sciences de l’information et de la communication qui interrogent les pratiques professionnelles en situation, à travers le « questionnement durable », est de viser un dépassement des définitions et délimitations actuelles, en tentant de convoquer des expertises et travaux réflexifs issus de diverses sciences qui ont inscrit la durabilité dans leur champ de compréhension de la complexité des usages et des pratiques.

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

Préserver la durabilité des pratiques informationnelles des acteurs de l’architecture éco-constructive : des pratiques informationnelles à une mémoire collective de travail

Vincent Liquète

-- Extrait --

L'objectif de durabilité des pratiques d’information dans un collectif humain a de meilleures chances d'être réalisé si le projet suit une approche participative, puisque les bénéficiaires développeraient les aptitudes, les compétences et la confiance en eux dont ils ont besoin dans le cadre de leurs activités. La durabilité peut ainsi s’entendre, comme la poursuite des activités de développement communautaire par les membres de la communauté une fois cessés l'aide et l’accompagnement extérieurs. Dès lors, ce type de démarche doit s’appuyer sur des temps réguliers d’évaluation, permettant alors de juger et de déterminer l’état d’avancement des activités liées au projet, d’apprécier la conformité aux objectifs fixés préalablement et de pouvoir ainsi réajuster les pratiques d’information en cas d’écart conséquent avec les résultats attendus. Nombre de projets s’organisent autour d’évaluation réalisée par les seuls responsables de projets, ou plutôt en fin de celui-ci. Or, il s’agit d’envisager des modes d’évaluation partagés, négociés et répartis tout au long du projet professionnel engagé ou à engager. Par conséquent, l’évaluation portera sur l’ensemble du processus de recherche et d’appropriation de l’information par les acteurs responsables de l’ensemble de la chaîne d’activités.

Catégorie parente: Actes de colloque ⎪in COSSI 2013 : La culture de l’information et les pratiques informationnelles durables ⎪Publication : 19 juin 2013

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